#WorldRefugeeDay : Derrière chaque réfugié, il y a une histoire. Voici la mienne

20 ou 21 octobre 1984, c’est mon #WorldRefugeeDay à moi. Ce jour-là, j’ai débarqué avec ma mère à Zaventem, après avoir voyagé avec la Lot. Nous avions un visa touristique pour 15 jours mais nous ne sommes pas rentrés en Pologne. A la place, ma mère a introduit une demande pour que nous devenions réfugiés en Belgique.

Je suis né le 26 octobre 1979, à Gdansk. 10 mois avant Solidarność « (mot qui signifie solidarité, en polonais), une fédération de syndicats polonais fondée le 31 août 1980, dirigée à l’origine par Lech Walesa. Dans les années 1980, ce mouvement joue un rôle clé dans l’opposition au régime de la République populaire de Pologne », dixit Wikipédia. Nous étions en plein régime communiste et ma ville de naissance a été le lieu de tous les remous politiques.

Même si je suis arrivé en Belgique juste avant de souffler ma cinquième bougie d’anniversaire, j’ai énormément de souvenirs des moments passés dans notre petit appartement de cette belle ville située au bord de la Baltique, dans le nord de la Pologne (je vous invite d’ailleurs chaudement à visiter Gdansk et la région). Mon quotidien avec ma mère était à mes yeux assez joyeux. Elle est arrivée à me procurer une vie de petit garçonnet qui toujours arborait un grand sourire.

Dans la cour derrière chez moi, on faisait des courses cyclistes avec des capsules de bouteille – il fallait faire des tours de circuits en poussant ladite capsule avec son doigt -, on lançait des couteaux dans un cercle tracé au sol, on se bagarrait sous les cris de vieilles Polonaises qui toutes portaient un fichu sur la tête… L’été, c’était trop la classe, la mer était magnifique. On prenait le tram et je passais des heures à la plage. Pas cher et inoubliable.

L’histoire d’une maman qui voulait une vie meilleure pour son fils

Après, il y avait des trucs moins rigolos. Les années 80 en Pologne, c’était pas le rêve américain. Il y avait des pénuries pour tout. Quand on allait faire les courses, pas besoin de liste : on prenait ce qu’il y avait dans les rayons, quand il y avait quelque chose. Le pire, c’était la viande. On avait des tickets de rationnement. Je me souviens d’une fois où nous avions dû faire la file en plein cagnard. Je crois que c’est là qu’est née mon aversion pour les files.

C’est aussi à cette époque que j’ai forgé mon dégoût du lait froid : faute de nourriture en suffisance, j’ai été gavé de lait. Ce qui s’est terminé par un trop plein, dans un vomi qui n’en finissait pas. Dans le même tonneau des horreurs, il y avait aussi les tartines à l’ail ou les cuillers d’huile de foie de morue. L’éclate.

Tout cela se déroulait dans le cadre d’un super chouette état de siège « qui a été instauré en République populaire de Pologne le 13 décembre 1981 et resta en vigueur jusqu’au 22 juillet 1983. Tout au long de cette période, les citoyens souffraient des restrictions dans leur vie quotidienne ». En plus des joyeusetés culinaires, il y avait un couvre-feu (qui a eu très peu d’impact sur mon quotidien, j’avoue), des chars qui patrouillait en ville, des militaires partout… ce qui entrainaît des manifs et autres remous. J’ai toujours plein d’images en tête de ces bâtiments entourés des policiers casqués, avec des boucliers, qui formaient de véritables murs.

#WorldRefugeeDay

Photo credit: Anonymous [Public domain], via Wikimedia

Je ne raconte pas ça pour faire pleurer dans les chaumières : je n’ai absolument pas été traumatisé par la situation (enfin, sauf pour le lait, les tartines à l’ail, l’huile de foie de morue et une merde de curé qui m’a balancé de l’eau bénité à la figure). Je raconte cela pour expliquer pourquoi ma mère a voulu quitter le pays qu’elle chérissait pourtant tant : pour assurer une vie meilleure, faite de moins d’incertitudes, d’un quotidien sans couvre-feu, sans censure, sans risque de se faire arrêter… à son seul enfant.

Réfugié ONU d’origine polonaise

Après on n’était pas persécutés, il n’y avait pas de personnes abattues dans les rues, pas de bombes qui détruisaient les maisons, mais la Pologne n’était quand même pas une démocratie. Alors, nous avons rejoint des amis de ma mère, ici à Bruxelles. Je suis devenu réfugié politique en 1986. La Pologne m’a rendu mon passeport en 1992. Mais je n’ai quitté mon statut de réfugié ONU d’origine polonaise qu’en 2003, année où je suis devenu belge quelques mois après avoir rempli un simple formulaire.

35 ans plus tard, je suis toujours ici à Bruxelles. Je suis bien plus Bruxellois que Polonais. C’est ici qu’est ma vie parce qu’un jour la Belgique nous a accueillis, m’a ouvert les portes de son enseignement et de bien d’autres choses. D’ailleurs, quand nous sommes arrivés, nous aurions très vite pu toucher des allocations sociales pour notre intégration en Belgique. Ce que ma mère a refusé. Elle ne voulait pas d’aide, elle voulait un travail. J’ai donc appris le français dans un bar, à L’Amour fou, à Ixelles – j’en parle un peu ici – où ma mère allait faire le ménage tous les matins.

#WorldRefugeeDay

En ce 20 juin 2019, Journée mondiale des réfugiés #WorldRefugeeDay, j’apporte ce témoignage qui n’a rien de dramatique. C’est juste l’histoire d’une maman qui voulait une meilleure vie pour son fils. Comme très souvent. Les réfugiés, d’où qu’ils viennent, ne sont pas des numéros. Derrière chaque réfugié, il y a une histoire.

C’est pour cela que je soutiens l’initiative d’Amnesty International qui, à l’occasion du #WorldRefugeeDay, « demande au gouvernement belge de s’efforcer, au sein de l’Union européenne, de prendre des mesures pour donner la priorité à la vie des réfugié·e·s et des migrant·e·s et à leurs droits ».

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