La voiture est une arme et doit être appréhendée comme telle

La voiture est une arme. Et son utilisateur devrait être responsable de son utilisation comme l’est le propriétaire d’une arme à feu. C’est-à-dire plus qu’à l’heure actuelle.

Vendredi dernier, avec deux comparses du Betacowork, nous avons dignement – ou presque – fêté nos anniversaires communs. Tous trois, voisins de bureau, sommes nés un 26 octobre. Pour la deuxième fois, nous avons décidé de fêter le passage à l’année nouvelle ensemble. La soirée s’est très bien passée : il y a eu beaucoup de rires, pas de larmes – à ma connaissance -, des retrouvailles, des rencontres, des découvertes, des discussions enflammées, des masques d’halloween… Le lendemain matin, la joie et la bonne humeur étaient de rigueur. Pas de gueule de bois, je laisse ça à d’autres. Il y avait même un beau soleil qui rayonnait entre les tentures, que j’ai accompagné d’une morceau de circonstance : Sunny de Bobbie Hebb.

C’est porté par cette allégresse, à laquelle les photos de la veille et messages du lendemain ajoutaient encore un plus de sourires, que j’ai voulu profiter de ma belle commune qu’est Saint-Gilles. Un journal à la Librairie Volders, un thé à la menthe à La Pompe avant d’aller tester les très tendances croquettes de crevettes de chez Ferdinand Obb. Puis direction le parvis, son marché puis Alimentation géniale et ses petits légumes…

La joie balayée par un vélo qui valdingue

Sur la route du parvis, le nez sur le smartphone, un bruit indescriptible, un cri glaçant, un vélo qui valdingue. Nous sommes juste au-dessus de la Barrière de Saint-Gilles, chaussée de Waterloo, le quartier est vivant un samedi midi. De nombreuses personnes se précipitent. D’autres appellent une ambulance. La cycliste – casquée et portant un gillet fluo – est immobilisée au sol. Un groupe de quidams bienveillants s’affaire autour d’elle pour qu’elle ne bouge pas avant l’arrivée de l’ambulance, pour la couvrir, pour lui parler, pour la rassurer… La sirène se fait attendre. A chaque instant, on voit un visage qui scrute au loin espérant voir arriver les secours.

voiture

Photo d’illustration prise au Japon par Ian Valerio.

Une portière

Quelques mètres plus haut, les propriétaires d’une voiture inspectent leur véhicule : la portière est PLIÉE. Oui, pliée. Ce n’est pas une image. Le coin de la portière, celui du haut. Celui qu’on prend souvent pour fermer la porte. Celui-là. Il était plié suite à l’impact de la cycliste dans ladite portière. La hantise de tout qui pratique le deux-roues en ville : voir une porte qui s’ouvre distraitement alors que vous passez à côté du véhicule stationné.

Pliée. Je n’en reviens pas.

Cela fait longtemps que ce billet me trotte dans la tête. Il faut encore plus responsabiliser les automobilistes. Comme on le fait avec les propriétaires d’armes à feu. Tout d’abord, on ne part pas de nulle part. Les droits des cyclistes sont déjà clairement énoncés dans la loi. D’ailleurs cette dernière « accorde aux cyclistes une protection supplémentaire. Celui qui renverse un cycliste doit non seulement indemniser les dédommages physiques, mais également les éventuels dégâts aux vêtements et aux lunettes. Cette règle vaut d’office, indépendamment de la question de la responsabilité de l’accident. Seuls les cyclistes ayant plus de 14 ans et ayant consciemment provoqué un accident devront eux-mêmes payer des frais. »

Mais ce n’est pas suffisant et c’est ici qu’intervient le parallélisme avec les armes à feu. Ces dernières sont très règlementées en Belgique. Que ce soit pour les armuriers, les collectionneurs, les stands de tir, les tireurs sportifs, les chasseurs ou pour les particuliers. A tous les niveaux de la loi – je vous invite à lire la Circulaire relative à l’application de la législation sur les armes, la sécurité est la priorité. Avec des peines de prison possibles si on contrevient aux dispositions de la loi du 8 juin 2006 sur les armes (cfr. articles 23 à 26).

Chez Bruxelles Prévention & Sécurité, organe régional bruxellois qui, parmi d’autres compétences, gère l’octroi des permis de détention et de port d’armes, on le confirme. « Si un rapport de police devait mettre au jour l’un au l’autre manquement aux règles de sécurité prévues par la loi, on retire l’autorisation, non sans avoir consulté le Procureur du Roi et évidemment la personne concernée », explique le responsable Armes de cet organisme d’intérêt public.

« Je ne l’ai pas fait exprès »

Dans un stand de tir que j’ai contacté, la rigueur est le maître-mot au nivau de la sécurité. « C’est bien simple, il n’y a pas le droit à l’erreur. Il y a quelques règles de sécurité qui, si elles ne sont pas respectées, entraînent un renvoi immédiat. Quelqu’un se retourne avec son arme chargée, c’est buiten !! Il n’y a pas de place chez nous pour un : Je ne l’ai pas fait exprès. »

« Je ne l’ai pas fait exprès », c’est certainement ce que la personne qui a percuté cette cycliste a dû se dire. Beaucoup trop d’automobilites touchent des cyclistes sans le faire exprès, trop souvent il s’arrêtent à 30 centimètres d’un piéton : « Oups, je ne vous avais pas vu ». Etc etc. S’ils avaient eu entre les mains une arme à feu, avec un comportement pareil, beaucoup se seraient vus retirer leur permis, leur carte de membre du club de tir, voire auraient été condamnés. Juste pour leur comportement dangereux et non responsable.

Une voiture cela pèse entre 1 et deux tonnes

Quand on est assis dans une voiture, on n’est pas dans son salon où on peut écouter de la musique à la cool. Une voiture est une arme qui fait entre une et deux tonnes. Une voiture est une arme qui d’un petit coup de volant peut tuer un enfant, un cyliste ou un jeune couple. A 10 km/h, un impact entre une voiture et un piéton peut déjà être létal. EN ROULANT À 10 KILOMÈTRES PAR HEURE ON PEUT TUER QUELQU’UN AVEC SA VOITURE.

Il ne doit pas y avoir d’excuse : comme pour une arme, le détenteur d’une voiture devrait être responsable de tous ses faits et gestes. Avec de plus lourdes sanctions pour tout accident avec un usager faible. La législation prévoit déjà pas mal de choses mais on devrait aller encore un pas plus loin, surtout à Bruxelles qui connaît un boum du nombre de cylistes depuis une quinzaine d’années. Comme on peut le constater dans cette Analyse des accidents cyclistes à Bruxelles, publiée par le Gracq début 2018, on voit bien que le nombre d’accidents corporels impliquant un cyliste est en constante augmentation. Au même rythme que la courbe du nombre de cyclistes à Bruxelles. Et comme celle-ci ne cesse de croître, il va falloir faire quelque chose pour protéger les vélos pour que celle du nombre d’accidents corporels cessent de grimper.

On pourrait, par exemple, comme c’est le cas pour les trop grands dépassements de vitesse ou la conduite en état d’ivresse, envisager un retrait de permis automatique en cas d’un accident comme celui dont je parle ici. Mais ça, ce n’est qu’une suggestion, pour un cas bien précis. Le principal est évidemment d’avoir un débat plus complet. Ailleurs que sur ce petit blog ;-) Nombreux sont ceux qui portent ces combats. Ils sont importants à l’heure où la pollution est la première cause de mort prématurée en Europe. A un moment où la mobilité douce va devenir un des facteurs importants pour dépolluer une ville comme Bruxelles.

Un petit truc pour éviter de prendre un cycliste avec sa portière

Cette simple technique force les conducteurs à vérifier si un vélo n’arrive pas par l’arrière lorsqu’on ouvre la portière de sa voiture après s’être garé : elle consiste simplement à ouvrir la portière avec la main droite à l’opposée de la poignée plutôt qu’avec celle du côté de la route, ce mouvement force le haut du corps à effectuer une rotation et à regarder d’abord le rétroviseur puis vers l’arrière même si on est distrait.

Pour la petite histoire, dans la vidéo, cette pratique est qualifiée d’hollandaise mais comme on peut le lire dans les commentaires, aux Pays-Bas, personne n’apprend ça lors de son permis. Ce qui, par contre, semble être le cas en Italie, où l’on peut rater son permis si on ouvre la portière de la main gauche, peut-on lire aussi.

Photo by Ian Valerio on Unsplash.
Ian Valerio

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2 thoughts on “La voiture est une arme et doit être appréhendée comme telle

  1. Le parallèle entre les armes et les voitures est très juste. Si en Europe on a en général une législation rigoureuse sur la circulation des armes à feu, celle concernant la circulation motorisée l’est beaucoup moins. Il est frappant de constater que c’est l’inverse aux États-Unis.

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