J’ai fait un jeûne de 6 jours par curiosité

Un jeûne, si on m’avait dit, début janvier, que j’allais tester la privation de nourriture à partir du 1er février, et pour six jours, j’aurais certainement ri. Et pourtant. Il a suffit de pas grand chose. Je n’avais pas non plus prévu d’en parler mais à force qu’on m’ait demandé si j’allais coucher mes impressions quelque part, je m’exécute.

Donc, tout a commencé assez simplement. Olivier Caeymaex, un entrepreneur infatiguable que je cotoie au Betacowork, a commencé un jeûne le 7 janvier dernier. Il est parti vivre cette expérience avec d’autres personnes sur l’île de Chypre et a décidé d’en parler sur son profil Facebook. Dans un premier temps, je n’ai pas vraiment prêté attention à ce détox-trip. C’est la curiosité qui m’a poussé à jeter un coup d’oeil à ce qu’il écrivait. Puis, le hasard a voulu que les Internets charrient une vidéo d’une heure sur le jeûne dans mon champ de vision.

Ce reportage – Le jeûne, une nouvelle thérapie ? – diffusé sur Arte a complètement attisé la curiosité qu’Olivier avait éveillée avec ses posts. J’avais envie de sentir la fringale, découvrir ce qu’était l’acidose, percevoir la disparition de la faim, goûter à l’euphorie qu’on peut ressentir par la suite, voir si j’allais tenir le coup. Sans entrer dans un truc philosophique ou hyper poussé non plus.

Le jeûne, une expérience comme une autre

Quand j’avais 16 ans, j’ai sauté par la fenêtre du premier étage de l’école. J’avais constaté que le sol était meuble derrière le bâtiment. Mon beau-père, ex-para, m’avait expliqué qu’on pouvait facilement sauter d’une hauteur de quatre mètres sans souci. J’ai voulu tester par moi-même. Je l’ai fait, sans casse. Je raconte cela car je n’avais aucune velléité de prosélytisme de ma part, ni volonté de faire régime ou de faire une détox quand j’ai entamé ce jeûne. Je voulais juste tester. J’ai lu les posts d’Olivier puis regardé le documentaire. Cela a suffit pour me décider.

Ensuite, j’ai trouvé quelques articles, des posts sur Internet et c’était parti. Mais je n’ai pas lu la définition sur Wikipédia car je la trouvais trop longue. J’ai décidé de commencer mon jeûne le jeudi 1er février, en même temps que la Tournée minérale, pour une durée de sept jours. Pour bien me préparer j’ai commencé à diminuer ma consommation de nourriture dès le dimanche avant. Plus d’alcool et de viande. Le lundi, j’ai supprimé les féculents. Le mardi, les glucides. Mais je me suis fait du blanc de poulet avec des petits pois et carottes. La veille du jeûne, je me suis préparé une salade dans laquelle j’ai ajouté un avocat et des crevettes. Et à 18h30, je me suis envoyé un dernier avocat, avec de l’huile, du sel et du poivre. Une petite douceur avant le grand saut.

C’était parti pour une semaine à l’eau et au thé. Sept jours, si possible. J’allais pas me laisser mourir non plus. Bon, le premier matin, ça s’est passé tranquillou bilou. Normal, je n’ai pas vraiment l’habitude de manger le matin. Comme ça me faisait rien, je me suis dit qu’il fallait tenter la bête. Alors je suis allé faire les courses, de toute façon, je devais nourrir mon Padawan. Avant ce jour, jamais, je ne m’étais rendu compte des parfums et odeurs qui emplissent l’espace de ce grand magasin où je me suis pourtant déjà si souvent rendu. Rien qu’à y penser, j’en salive à nouveau.

J’ai souffert un peu mais pas très longtemps

Au bout de 24h, je suis passé par la crise d’acidose, qui arrive souvent le deuxième ou le troisième jour. Mais qu’est-ce ? Dans cet article de Slate.fr, on l’explique bien : « Pour pallier le glucose manquant, le corps fabrique un substitut, grâce aux protéines et aux lipides : les corps cétoniques, appelés aussi le carburant du jeûne. Et à cause de ce changement de mode d’alimentation, le taux d’acidité dans le sang augmente. Le corps doit apprendre à vivre de ses réserves, l’organisme doit s’habituer. Selon les adeptes de la diète, le plus dur ce n’est pas la sensation de faim, qui disparaît peu à peu, mais cette crise d’acidose, qui peut causer nausées, maux de tête, douleurs abdominales, crampes et faiblesse générale. » J’ai donc souffert. Un peu mais pas très longtemps.

Le plus terrible, ce premier jour, n’a pas été cette crise mais bien la deuxième : la fringale. Vers 23h, alors que j’essayais d’écrire un blogpost, j’ai commencé à avoir faim. Mais une de ces faims. Quand j’avais le malheur de fermer les yeux, je voyais une merveilleuse côte à l’os, recouverte d’un os à moëlle, du même acabit que celle qu’on servait au regretté Coin des artistes à Ixelles. J’ai eu des hallucinations de bouffe, c’était assez incroyable. J’avais envie d’une mitraillette kefta samouraï blanche ou encore d’un vol-au-vent avec des frites. Je dois préciser que j’habite à 50 mètres d’une friterie. J’ai tenu bon mais au moment de me coucher, je me suis quand même demandé dans quelle galère je m’étais embarqué. Allez, plus que six jours.

Le lendemain, de galère, il n’était plus question. Le matin, j’ai skippé le petit-déjeuner pancakes organisé par l’Icab pour aller enregistrer ma chronique pour la Semaine Viva. Le midi, nouveau challenge : aller manger avec mes collègues de l’ISFSC. C’est passé crème : alors que la veille je salivais comme le dogue de Bordeaux qui jouait dans Turner & Hooch, là, assis devant un plateau de sandwiches : rien. Je n’ai ressenti aucune envie. J’ai siroté mon eau pétillante en tout sérénité. Le soir, il y avait un buffet à l’Icab : les boulets sauce lapin sentaient bon mais je n’avais pas faim. Ce deuxième jour, il y eu quand même un écart mais involontaire : en entrant chez Colruyt, j’ai machinalement pris un des bouts de viande en dégustation à l’entrée. Je ne m’en suis rendu compte qu’au moment où du jus de viande a coulé dans ma gorge. Le boulet. Le reste a terminé dans la poubelle à café du magasin.

Un jeûne seul et sans changer ses habitudes

J’ai décidé de faire un jeûne seul et sans changer mes habitudes de vie. Je n’ai pas levé le pied, suis allé travailler et ai continué à voir du monde. Je ne trouvais pas cela plus compliqué comme cela. Par contre, j’ai suivi le conseil que plusieurs personnes m’ont donné : j’ai fait une purge. Après tout, tant qu’à ressentir des trucs dans son corps autant y aller à fond. De plus, cela faisait déjà deux jours que je n’avais pas été à la toilette… Quatre cuillers d’huile de ricin plus tard mon tube digestif a commencé à faire des bulles. Puis je suis allé quelques fois dans ma toilette mais rien à voir avec le potentiel d’un bon lendemain de la veille…

A partir du samedi, j’étais donc tout vide – je n’avais rien mangé depuis mecredi soir – mais en pleine forme. Plus exalté qu’en forme, je dirais même. J’avais des picotements dans les avant-bras comme si j’avais pris une substance illicite quelconque. Visiblement, mon corps compensait l’absence de nourriture par autre chose. C’était assez efficace car j’étais au boulot dès 8h du matin.

Le week-end a finalement été assez monotone au niveau des sensations que je pouvais avoir. Je n’avais pas faim. Le soir, je suis même allé boire un verre avec des potes français de passage à Bruxelles. J’ai nourri mon Padawan sans problème. Par contre, je lui ai pris des plats préparés car c’est compliqué de faire la cuisine sans pouvoir goûter ce que tu prépares.

Le lundi, toujours le même topo. Je n’avais pas faim et cela se passait normalement. Je me sentais d’attaque pour continuer des jours et des jours. Mais dans l’après-midi, j’ai décidé d’arrêter mon jeûne un jour plus tôt, à savoir le mardi. C’est que le mercredi soir, je joue au basket : j’avais envie d’y aller et il me semblait que recommencer à manger 24h plus tôt ne serait pas du luxe.

Cette décision a eu un impact impressionnant sur moi : cela m’a donné faim. Très faim. On dirait que mon cerveau a entendu « on va manger » et qu’il a lâché les chiens. Le soir même je me suis permis un premier bouillon clair pour calmer cette faim. Cela a marché dans un premier temps mais vers 2h du matin, alors que j’hésitais entre la chaise et la table, j’ai fait le choix d’aller manger un tout petit paquet de frites. Un peu comme un tox en manque, je suis sorti de chez moi, mon billet de 20 euros à la main. Et là… j’ai été sauvé par l’heure de fermeture de la friterie.

Ca devient long cette histoire

jeûneLe lendemain, j’avoue que j’étais content d’en finir. Cela devenait monotone de ne pas manger. J’aime boire de l’eau mais cela manquait un peu de goût. D’ailleurs, je n’ai bu quasi que cela, et presque pas de thé. De l’eau pétillante. A ce sujet, je suis passé de la Spa à la Vichy Célestins car cette dernière était plus riche en minéraux. Il me tardait donc d’ingérer quelque chose qui avait du goût. Je suis donc allé faire le plein de légumes pour me faire un bouillon, le tout avec deux belles cuisses de poulet. J’avais prévu de me faire le bouillon seul le mardi ; avec les légumes le mercredi, puis le poulet le jour suivant.

« Le plus important du jeûne, c’est d’en sortir en douceur », m’a-t-on répété à maintes reprises. D’où mon programme bouillon, légumes, poulet. J’ai donc décidé de d’abord manger un bon fromage bien gras pour commencer, toujours par curiosité. C’était bon mais que c’était bon, un Taleggio qui attendait son heure depuis une bonne dizaine de jours. Le gras c’est quand même la vie. Est-ce que je l’ai payé ? Non, pas vraiment. Est-ce que je l’ai senti ? Oui, j’ai eu un peu mal au ventre. Mais rien de grave.

Après, je n’ai pas trop fait le foufou non plus. Je voulais juste savoir si j’allais me tordre de douleur ou pas. Ca n’a pas du tout été le cas. Les jours d’après, j’ai continué à faire attention. Puis, j’ai repris du pain, en faible quantité, puis retour à la normale. J’ai terminé le processus le samedi, quatre jours après avoir recommencé à manger en prenant un bon gros menu Giant après le cinéma.

Une histoire à raconter

Bilan de l’aventure : je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus dur, je pensais que mon corps allait avoir plus de réactions et me montrer sa désapprobation quant à la privation de nourriture. Surtout que j’ai fait ce jeûne en situation où j’avais beaucoup de tentations. Et sinon, j’ai perdu 6 kilos puis j’en ai repris 2,5. Ce qui est tout à fait normal, je pense.

Ce que je retiens, c’est que mon corps ne semblait pas du tout dérangé par une pause niveau nourriture. Ce que j’en retire, c’est que j’ai réussi à enrayer une rechute dans la canette de Coca, satané source de sucre, qui m’avait rattrapé ces dernières semaines. Pour le reste, c’était une expérience qui, je le répète, n’a dans mon chef aucune intention de propagande pro-jeûne. Je n’ai aucune qualification pour dire que c’est bon pour le corps. Peut-être même que cela a eu un impact négatif et que je ne le sais pas. En fait, c’est juste une histoire qu’on m’a demandé de raconter. Et raconter des histoires, j’aime assez.

Pin It

3 thoughts on “J’ai fait un jeûne de 6 jours par curiosité

    • Merci pour le commentaire en ces temps de disette en-dessous des articles de blogs. J’aimerais tant que les gens reviennent commenter ici plutôt que sur Facebook… mais bon, ça, c’est pas gagné.

  1. Bonjour,

    J’ai une question bête et je ne trouve pas la réponse sur Google.
    Je comptais en gros faire 6 ou 7 jours, comme vous, si je m’en sens capable.
    J’en suis à mon 4e jour de jeune hydrique. Tout va bien, mais je souhaitais également faire la purge à l’huile de ricin, mais je n’ai pas osé, de peur d’être incommodé au travail.

    Bref, ma question est: Est-ce que ça aurait du sens d’ingérer mon huile de ricin vers la fin du 5e jour, sachant que je compte reprendre une alimentation légère mais presque normale, deux jours plus tard?

    Et accessoirement, est-ce que le fait de faire la purge si tard dans le jeûne peut être dangereux?

    Merci d’avance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.