Les bulles de filtrage, miroir aux alouettes

Les bulles de filtrage. Nous sommes enfermés dans des univers qui nous ressemblent de plus en plus grâce/à cause des possibilités offertes par les réseaux sociaux. Les journalistes aussi. Que faut-il mettre en place pour garantir une pratique journalistique la plus objective possible ?

Début novembre 2016, Donald Trump devenait président des Etats-Unis et personne ne l’avait vu venir. On a alors beaucoup parlé des sondages… mais ils ne sont pas les seuls fautifs. Les réseaux sociaux nous influencent tous les jours, ça on le sait, mais ils nous donnent aussi l’impression de nous montrer une image complète du monde. Ce qui n’est pas vraiment le cas.

Dans la présentation suivante, on va s’interroger sur l’impact des réseaux sociaux sur la campagne US :

Comme l’écrivait dans Télérama le journaliste Julien Cadot : « Il y a 58 millions d’électeurs pro-Trump et je n’en ai vu aucun ». Son univers en ligne – principalement composé de Facebook reflète son monde, mais il ne reflète pas le monde. Il se trouve, comme il l’écrit dans « un cocon numérique qui s’est créé autour de nous et il est aujourd’hui très difficile d’en sortir. Facebook sait même maintenant ce que je ressens quand je commente une publication : il sait ce qui me fait rire, ce qui me révulse et ce qui m’attriste. » Facebook peut maintenant lui montrer des contenus qui vont l’intéresser, le toucher… Il est dans ce qu’on appelle une bulle de filtrage.

Ce concept a été développé par le militant d’Internet Eli Pariser. Comme on peut le lire sur Wikipédia : « Il désigne l’état dans lequel se trouve un internaute lorsque les informations auxquelles il accède sur Internet sont le résultat d’une personnalisation mise en place à son insu. À partir des différentes données collectées sur l’internaute, des algorithmes vont silencieusement sélectionner les contenus qui seront visibles ou non par lui. Le terme de bulle de filtres renvoie à l’isolement produit par ce mécanisme : chaque internaute accède à une version différente du web, il reste dans une « bulle » unique et optimisée pour lui. »

Ce phénomène se rencontre notamment sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche. Des sites tels que Google, Facebook ou Yahoo! n’affichent pas toutes les informations, mais seulement celles sélectionnées pour l’utilisateur. À partir de différentes données (historique, clics, interactions sociales) ces sites prédisent ce qui sera le plus pertinent pour un internaute donné. Ils lui fournissent ensuite l’information la plus pertinente, en omettant celle qui l’est moins selon eux. Si les algorithmes considèrent qu’une information n’est pas pertinente pour un internaute, elle ne lui sera pas présentée.

Pour un journaliste, c’est un problème. Enfin, c’est surtout un problème de ne pas le savoir. Car, quand on y réfléchit bien. Cela n’est pas nouveau. On n’a pas attendu Internet pour se retrouver enfermé dans une de ces bulles de filtrage. La famille était/est l’un d’entre elle. Combien de personnes votent pour le même parti que celui que leur conseillent leurs parents ? Être abreuvé d’informations par la famille des années durant peut les rendre tout à fait crédibles si on ne cherche pas soi-même à les vérifier. Être abonné à un seul et unique journal pouvait aussi vous enfermer dans l’une de ces bulles.

Comment ne pas être prisonnier des bulles de filtrage ?

Comme l’explique Eli Pariser, ce phénomène des bulles de filtrages tend à reproduire les opinions, croyances et perspectives de l’utilisateur en formant un cercle vicieux. Il faut prendre des mesures pour le transformer en cercle vertueux. Sur Facebook, Twitter, Instagram ou YouTube, il ne faut pas hésiter à suivre des personnes avec lesquelles on n’est pas spécialement en phase. Quand on envisage l’utilisation des réseaux sociaux à des fins uniquement privées, il est clair que cela n’est pas vraiment compatible avec ce genre de pratique.

Dans un cadre journalistique, il semble évident qu’il faille avoir des réseaux sociaux ouverts, qu’il ne faut pas hésiter à commenter de nombreux posts… Quand on travaille sur une thématique, il faut aussi aller voir ce que raconte les opposants à celle-ci. Et ainsi de suite. En fait, comme souvent, rien de neuf. Ce n’est que la base du journalisme.

Dans ma pratique personnelle, je lis et écoute souvent les diatribes du Front National, je suis des blogueuses mode et je regarde même des vidéos de gaming. Pourtant, je n’ai d’atomes crochus pour aucun des trois. Juste de la curiosité journalistique.

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