Loup Bureau, un des 160 journalistes en prison en Turquie

Le 26 juillet 2017, le journaliste français Loup Bureau est arrêté par les autorités turques près de la frontière irakienne, dans la région de Silopi, en province de Şırnak. Il est incarcéré depuis le 1er août, sous l’accusation d’« activités en lien avec le terrorisme ». Depuis la fin du mois d’août 2017, il est détenu dans l’attente d’un procès pour « assistance à une organisation terroriste ». Les autorités turques soupçonnent Loup Bureau d’appartenance à une organisation terroriste armée, sur la base de photos retrouvées en sa possession qui le montrent en compagnie de combattants kurdes syriens. Photos prises alors qu’il réalisait un reportage pour TV5 Monde en 2013. Loup Bureau encourt trente ans de prison sur la base de ces accusations. Des faits exposés crûment, comme ils le sont sur la toute fraîche fiche Wikipédia de ce jeune homme étudiant le journalisme à l’Ihecs malgré une carrière professionnelle déjà bien engagée.

Loup Bureau

Après Mathias Depardon – le photojournaliste qui a bénéficié de l’hospitalité des geôles turques au printemps dernier et libéré début juin -, c’est donc un nouveau Français de Belgique qui est incarcé parce qu’il a une activité journalistique qui déplaît aux autorités turques. Très vite, après son arrestation, ses proches, qu’ils soient en France ou en Belgique, se mobilisent pour sensibiliser les autorités au sort de Loup Bureau. Son papa, Loïc, est très présent dans les médias pour parler du sort de son fils. Ils sont efficaces. Ils mettent en place un groupe Facebook, le hashtag #FreeLoupTurkey, une pétition, des campagnes de sensibilisation auprès du monde politique, d’autres de cartes postales à envoyer à Loup… Ils interpellent tout qui pourrait intercéder en la faveur de leur ami et fils, accusé à tort de terrorisme.

Le ballet d’officiels a plus ou moins rapidement répondu à ces divers appels. Que ce soit Emmanuel Macron, François Hollande, Didier Reynders ou d’autres, le monde politique en « appelle aux autorités turques », « fait part de sa préoccupation », « active ses contacts en Turquie ». Rien de très concret mais ce n’est évidemment pas toujours évident de l’être lors d’une situation diplomatique tendue comme celle-ci peut l’être. Les avocats du jeune journaliste tentent eux d’utiliser tous les moyens juridiques possibles et imaginables en Turquie pour demander sa libération. Mercredi, la justice turque a rejeté une nouvelle demande de libération conditionnelle. « La Cour constitutionnelle de Turquie va être saisie », a fait savoir l’un de ses avocats, Martin Pradel.

« Le cas de Loup Bureau, nos présidents l’ont évoqué, a expliqué l’ambassadeur de Turquie en France, Ismaïl Hakki Musa, dans les colonnes de Ouest France. Ils ont chargé leurs ministres de l’Intérieur et de la Justice de voir ce qu’on peut faire sur cette affaire. Il faut trouver une solution sans entacher les fondamentaux du système turc. Ça prend un certain temps. » Ankara veut être « sûr » qu’il exerce bien la profession de journaliste.

Combien de temps faudra-t-il à ces autorités pour se persuader de cet état de fait ? Aucune idée. Pourtant, quand on lit les nombreux portraits, articles, tribunes qui lui sont dédiés, que ce soit, entre autres, par sa compagne Maud Margenat, dans ce beau papier d’Olivier Bertrand dans LesJours.fr ou encore via les diverses interventions de son papa, l’on découvre un jeune journaliste baroudeur qui a déjà usé ses semelles en Turquie, en Egypte, au Pakistan, en Syrie ou encore en Ukraine. Son premier voyage en Anatolie datant de 2010. Il n’avait alors que 20 ans !

Benoît Le Corre, que Loup a rencontré en fac , explique dans LesJours.fr que son copain nourrissait « une passion pour le journalisme à l’ancienne, comme s’il était d’une génération d’avant ». Il cherche un exemple, et dit : « Quand on faisait un sujet ensemble, moi ça ne me gênait pas de mettre un titre un peu putassier, pour être lu. Lui, il disait ‘c’est un métier très noble, il faut respecter’. » Loup Bureau, c’est un mec qui « adore les rencontres, raconter des histoires ». Qu’il est « attentif aux gens sur le terrain, il aime leur quotidien, même quand cela n’a rien d’extraordinaire », dira une autre amie. Un véritable journaliste.

Rassemblement de soutien à Loup Bureau @ Bruxelles

Après un rassemblement à Paris et Nantes, c’est maintenant à la ville de Bruxelles de montrer son soutien à Loup. Celui-ci vit depuis 3 ans à Bruxelles et est en dernière année de journalisme à l’Ihecs, nombreux sont ceux qui désirent exprimer leur volonté de se mobiliser. Que ce soient des journalistes, des potes, des quidams mais aussi l’école en elle-même qui a été fort active depuis l’arrestation de son étudiant. Un rassemblement de soutien est donc prévu place de la Bourse le samedi 16 septembre à partir de 11 heures. Dans le groupe Facebook, il est demandé de venir avec un T-Shirt blanc floqué du hashtag #FreeLoupTurkey ou alors avec une des affiches qu’on peut facilement trouver sur Internet.

Loup Bureau

Loup Bureau, un rappel de la condition des journalistes en Turquie

Si les proches du journaliste français se démènent pour faire libérer leur ami, les assocations que sont la Fédération internationales des journalistes (FIJ), Reporters Sans Frontières (RSF) et le syndicat de journalistes turc Türkiye Gazeteciler Sendikasi (TGS) rappellent à juste titre que près de 160 journalistes croupissent dans les geôles turques. Fin 2016, RSF recensait 358 journalistes emprisonnés dans le monde, dont 158 dans le pays gouverné par Recep Tayyip Erdogan.

Comme ce fut le cas au moment de la mobilisation pour Mathias Depardon, il faut essayer d’entraîner les autres journalistes dans les revendications de libération de Loup Bureau. Dans un précédent billet, j’ai décidé d’écrire une fois par mois à la doyenne des journalistes prisonniers en Turquie. Hatice Duman était la rédactrice en chef de la revue Atilim. Elle a été arrêtée le 13 avril 2003 et condamnée le 4 mai 2011 à la prison à perpétuité pour avoir « tenté d’éliminer l’ordre constitutionnel par la force ». Une petite pierre dans un combat à très long terme. Ce billet étant un autre toute petite pierre, pour un combat à plus court terme. Enfin, j’espère.

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