Médor s’installe durablement dans le paysage médiatique belge

MédorSamedi 10 juin, Médor – trimestriel belge d’enquêtes et de récits – a invité ses coopérateurs et journalistes pour leur annoncer de bonnes nouvelles : le magazine rapporte de l’argent. Oui, en ces temps médiatiques pas toujours folichons, il est des médias qui arrivent à tirer leur épingle du jeu. Créé sous la forme d’une coopérative dans la foulée de 24h01, Médor, qui ouvre à son tour la voie à Wilfried, est la figure de proue de cet attelage qui fait du slow journalism son ADN. Au programme : enquête au long cours ; grandes interviews ; portraits ; place et temps pour les journalistes…

« L’année 2016 fut une très bonne année du point de vue financier. Les comptes montrent en effet un bénéfice net de 82.893,90 euros« , peut-on lire sur le site de Médor. Pour un chiffre d’affaires de plus de 384.000 euros et des impôts s’élevant à 37.000 euros… Tout ça grâce à 2.600 abonnés et 4.600 numéros vendus à l’unité, moyenne obtenue sur les deux derniers numéros. Peu, en 2015, lors du lancement du newsmag, auraient imaginé de tels résultats. Beaucoup y voyaient une belle tentative, sans plus. Mais pas tous.

Olivier Bailly y croyait, lui, dur comme fer. Et pour cause, il l’est l’un de ceux qui, en 2012, ont posé les fondations de Médor. « Notre réflexion est née plus ou moins au même moment que celle de l’équipe de 24h01, explique celui qui se présente sur Linkedin comme co-fondateur, souffre-douleur, penseur, porteur (de sens et de caisses) chez Médor. Nous avons choisi de prendre le temps pour naître. Nous sommes allés chez de nombreux particuliers pour leur présenter le projet. »

Olivier Bailly, fondateur de Médor

Olivier Bailly, un des fondateurs de Médor/ Photo : Medor.coop

Il est ressorti de ces rencontres des constats qui correspondaient à ceux des membres fondateurs du magazine. « On assistait à une précarisation de l’information en lien avec celle du métier de journaliste, regrette Olivier Bailly. Si tu mets les gens dans de mauvaises conditions de travail, tu ne peux pas avoir de l’info de qualité. Et ce n’est pas un réflexe corporatiste, c’est juste que tout le monde dit qu’il veut une info de qualité. Mais ce n’est pas juste un mantra. Il faut penser les conditions de travail pour atteindre cette qualité. »

Ils ont donc pris le temps de consulter puis de discuter longuement autour de leur projet. Ce qui a parfois été vu, de l’extérieur comme des palabres qui n’allaient peut-être aboutir sur rien. Quand je dis à Olivier que certains y voyaient un projet de boy-scouts, il me répond, sans détours : « Peut-être. Mais cela n’a jamais été le cas. Médor est un projet très cohérent que nous avons sciemment réfléchi dans le temps. Il n’a quasi pas bougé depuis, signe que notre réflexion était la bonne. C’est un pari osé mais sérieux. »

Comme ce fut le cas pour 24h01, le mook français XXI a été une source d’inspiration pour les débuts de Médor. Ils affichent cette même volonté de prendre le contre-pied d’une information courte, rapide, sans prise de recul… « Mais en prenant une certaine distance quand même, ajoute le journaliste. Nous avons fait le choix de prendre de la publicité dans notre magazine. En faisant attention que les valeurs des annonceurs ne soient pas en opposition aux nôtres. Ensuite, nous ne présentons pas les journalistes car nous pensons que c’est l’information qui doit prévaloir. Et pour finir – et c’est le plus important -, nous avons inscrit l’enquête au plus profond de notre ADN. Nous voulions vraiment en faire notre marque de fabrique. »

Médor est ambitieux. Tant mieux.

Après deux ans, on peut dire qu’ils y sont bien arrivés. Et ce, dès le premier numéro. Pour rappel, l’enquête de David Leloup sur l’affaire Mithra a fait grand bruit. A l’époque, cette société pharmaceutique liégeoise avait demandé une ordonnance pour interdire la publication de son dossier. « C’est évident que l’affaire Mithra nous a propulsés, acquiesce Olivier Bailly. Cela a permis à un lectorat qui n’aurait peut-être jamais entendu parler de nous, de découvrir notre publication. Mais cela a surtout été l’occasion de démontrer tout de suite le sérieux du travail fourni par nos journalistes. »

Comme mentionné plus haut, les chiffres sont au beau fixe. Ce qui va permettre à la coopérative d’investir dans le coeur de leur métier : les enquêtes et le contenu en général. Le site Internet devrait aussi être étoffé. « Nous allons prendre des risques, les prochains exercices seront difficiles », prédit, dans L’Echo, Céline Gautier, une des cofondatrices. Médor mise sur « une augmentation des recettes de 5 % (soit 350 exemplaires à vendre en plus par numéro). Dans ce cas, l’entreprise retrouve l’équilibre en 2022 et les bénéfices s’envolent dans la foulée », peut-on encore lire sur son site.

Médor

Augmentation des ventes nécessaire à partir de 2019. Graphique (PDF) fourni par Médor.

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