Wilfried, le dernier né des médias belges

Ce jeudi 15 juin 2017, Wilfried a fait son entrée parmi des médias belges. Sur son site, il se présente comme « un magazine qui a pour ambition de réinventer la grammaire du journalisme politique en Belgique ». Comme cela devient l’habitude chez les copains Médor et 24h01, une petite fête était organisée le soir pour célebrer le lancement de ce nouveau média. Journalistes, amoureux du journalisme de qualité, étudiants, politiques… s’étaient donné rendez-vous chez Madame Moustache, en plein centre de Bruxelles, pour voir et toucher la première mouture de Wilfried. Le tout dans une ambiance un peu euphorique : le lancement d’un média, c’est toujours un signal positif quel que soit son avenir.

Wilfried« C’est un peu spécial, je n’ai tenu mon premier exemplaire que ce matin, m’explique François Brabant au téléphone alors que je dégouline après ma séance de basket du mercredi soir. Je ne réalise pas encore très bien ». Journaliste politique au Vif/L’Express de 2003 à 2015 puis à la Libre Belgique jusqu’en 2016, rien ne prédestinait, de prime abord, ce fan de cyclisme à lancer un newsmag.

Comme souvent, une série de hasards a mis de l’eau au moulin. « Je suis prof invité à l’UCL. L’année dernière, au printemps, je suis passé déposer des cotes à Quentin Jardon que je ne connaissais pas du tout. Le hasard veut qu’il soit aussi rédacteur en chef de 24h01, dont des piles se trouvaient posées dans le bureau. Un exemplaire de Society bien visible lui aussi et nous étions lancé dans des discussions où l’on a revisité nombre de nouveaux médias. »

Parmi eux, il est un format qu’affectionne particulièrement François Brabant, celui de So Press, et plus particulièrement deux de ses publications Pédale et Tampon. « Ce sont deux magazines annuels, le premier sur le vélo, l’autre sur le rugby. Tous les deux très qualitatifs. La rareté de leur parution attise encore plus mon intérêt. »

A l’époque pas mécontent d’être journaliste à la Libre, le futur rédac chef de Wilfried avoue quand même en avoir assez du tourbillon de l’actualité, « qui le rendait mélancolique ». Cette conversation avec Quentin Jardon tombait donc à pic. « On s’est dit qu’on pourrait lancer le Pédale de la politique belge, comme ça, un peu comme une idée en l’air. » Mais dès le lendemain son futur acolyte le relançait déjà, lui proposait un rendez-vous.

« Et quelques mois plus tard, nous étions réunis avec Camille van Vyve, Myriam Leroy, Alice Dive, Frédéric Loore, Thomas Bricmont, David Bartholomé, Serge Coosemans… puis l’équipe s’est épaissie jusqu’à une trentaine de personnes (journalistes, graphistes et photographes). » Cela s’est fait de manière un peu étrange : « Nous n’étions pas une bande de potes. Je ne connaissais pas la plupart des gens de l’équipe l’année dernière mais nos énergies se sont fédérées pour lancer un nouveau médias », sans conditions préalables.

Wilfried est ambitieux : objectif 10.000 ventes

Tout cela se déroule dans un laps de temps très court. Une première recontre sur un coin de bureau, un verre et quelques réunions plus tard, allaient-ils sortir une parution one shot, plusieurs magazines différents ? Première date de parution prévue en décembre 2016, puis en février 2017. « On y a cru à chaque fois, se souvient François Brabant. Mais c’était impossible, trop vite, trop tôt. » Au final, ce sera un quadrimestriel dédié au monde politique belge répondant au doux nom de Wilfried. Comme Wilfried Martens, recordman belge du nombre de prestations de serment comme Premier Ministre.

François Brabant

François Brabant/Twitter.

La politique est-elle un créneau porteur ? La question est légitime. Chez Wilfried, l’on pense évidemment qu’elle l’est. « C’est vrai que beaucoup de choses m’énervent en Belgique, peste François Brabant. Mais je trouve quand même qu’il y a de nombreuses histoires à raconter. Avec un autre discours et un regard différent de ce qui se fait actuellement. » Assez pour sortir trois numéros par an en faisant la part belle à tous les ingrédients du slow journalism : longs portraits, grandes enquêtes, reportages fouillés…

Comme on peut le lire dans L’Echo d’hier, les objectifs sont ambitieux: 10.000 ventes dont 2.000 abonnés. « Mais à terme ce ne sera pas suffisant car les promoteurs du projet ne seront quasi pas rémunérés au départ, indique François Verbeeren, directeur de la publication, à terme on devrait générer entre 50 et 100.000 euros par an via la publicité. » Les fondateurs se disent également prêts à accueillir des investisseurs, peut-on toujours lire dans L’Echo.

Mais en attendant, « la fierté est grande, écrit Quentin Jardon sur Facebook. Les défis à relever encore immenses : se développer, durer. Pour ça il faudra d’abord que ce premier numéro vous conquière. On dit que les gens ne lisent plus assez, qu’ils sont sollicités de toutes parts, que la fatigue est le mal du siècle: si c’est le cas, à nous de les bousculer avec des récits attirants et rigoureux. »

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