L’origine des LOLcats du #BrusselsLockDown

LOLcatsUn peu avant une heure du matin, le Parquet fédéral donne une conférence de presse à Bruxelles. 16 interpellations. 19 perquisitions. A Molenbeek, Jette, Forest, Schaerbeek, Woluwé-Saint-Lambert, Anderlecht, Charleroi et même la Ville de Bruxelles et Liège*. Pas de Salah Abdeslam. Pas d’armes. Pas d’explosifs. Mais des milliers de LOLcats sur Twitter.

La soirée de ce dimanche 22 novembre 2015 aura été mouvementée. Déjà, quand Charles Michel, le Premier Ministre belge, a annoncé aux alentours de 18h30 que toutes les écoles de Bruxelles seraient, comme le métro, fermées ce lundi, d’aucuns ont fait part de leur l’étonnement, de leur l’incompréhension voire de leur irritation sur les réseaux sociaux, tempérés par d’autres, rassurés par ces mesures de précautions. Mais très vite, de nouveaux événements ont attiré l’attention des internautes : diverses opérations de police ont été relayées sur Twitter en direct. Plusieurs twittos puis les forces de l’ordre se sont inquiétés de cela. La Police a été obligée d’adresser un message via Twitter pour faire observer un silence radio sur les médias sociaux concernant ses opérations en cours à Bruxelles.

Cette demande a rapidement et scrupuleusement été respectée. Mais les internautes sont allés un cran plus loin : ils ont inondé Internet de milliers de LOLcats, petits chatons rigolos utilisés tels des leurres pour tromper les terroristes qui suivraient les hashtags utilisés par les Belges. Pendant plus de deux heures, un flot ininterrompu d’images de chatons mignons a été partagé un peu partout sur les réseaux sociaux. Les articles à ce sujet étaient déjà légion au milieu de la nuit. Dans le Guardian, le Figaro, le Huffington Post Québec ou encore Libération, pour ne citer que quelques titres.

Quand les opérations ont été terminées, le bilan présenté, ils restaient les LOLcats. Mais pourquoi ? Qui a commencé ? A quel moment ? A plusieurs, nous avons cherché la source, par curiosité. Et nous avons trouvé cette image de Mozart, partagée à 21h04 par Hugo Janssen, un cameraman hollandais qui habite à Zwolle aux Pays-Bas. Ce beau roux tigré qui, soit dit en passant, a une page Facebook dédiée, allait lancer une déferlante imprévisible d’images de chats.

Pourtant ce n’est pas Hugo Janssen qui a lancé le trend : à minuit, son tweet n’avait été retweeté qu’une seule fois. C’est Sylvie, une habitante de Woluwe-Saint-Lambert, qui a lancé le mouvement en lui emboîtant le pas à 21h31. “Sam, mon ami, travaille au centre de Bruxelles. A l’heure où il quittait de force son job à 20h30, je regardais BFMTV qui diffusait en direct les mouvements de police. J’ai eu peur : il s’est retrouvé rue du Lombard, devant le bus qu’il devait prendre. Celui qu’on voyait sur Internet, à l’arrêt, pour bloquer la rue.” C’en était trop pour Sylvie qui ne voulait pas qu’on mette son homme en danger. “Je me devais de faire quelque chose pour détendre l’atmosphère, mais avec humour. Je suis abonnée sur Twitter à une habitante de Zwolle aux Pays-Bas, qui, voyant ce qui se passait chez nous, a proposé d’envoyer des photos de nos chats. J’ai donc lancé #LetsShareSomePictureOfOurCats juste après Hugo avec mes deux comptes Twitter. Mon hashtag, trop long, n’a pas pris. Seul est resté #BruxellesLockDown, mais mon tweet a bien été repris”, me dira-t-elle cette nuit, visiblement satisfaite du résultat. Ce qui était une blague entre deux twittos est devenu un petit phénomème dont on parlera longtemps puisqu’on parle de centaines de milliers de tweets publiés cette nuit sur le hashtag #BrusselsLockDown.

Pour la petite histoire de la petite histoire, Sam n’est, au moment de rédiger ces quelques lignes, pas au courant d’avoir poussé Sylvie à diffuser ces photos de chat pour qu’on cesse de montrer l’action policière dans le quartier où il se trouvait. “Oui, c’est marrant, raconte la Woluwéenne. Il n’est absolument pas au courant de ce mouvement. Il n’est ni sur Facebook ni sur Twitter. Je lui ai offert son premier smartphone il y a un mois. Donc, il ne sait rien de tout ça.”

LOLcats rulz the world

*Liège n’a pas été citée par le Parquet fédéral mais nombreux sont les médias qui en parlaient hier. Quant à la Ville de Bruxelles, elle aussi non citée, elle a été le terrain d’une intervention rue du Midi.

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