Ceci n’est pas une guerre

Samedi, en réaction aux attaques perpétrées la veille à Paris, le président François Hollande déclare la guerre totale à Daesh. Il dit même que « La France sera impitoyable ». Le mot guerre est prononcé 4-5 fois au début de son discours. Le soir même, le Premier ministre Manuel Valls surenchérit sur TF1 : il prononce 9 fois le mot guerre en 10 minutes : « Oui, nous sommes en guerre. Nous faisons face à un acte de guerre ». Les dés sont jetés : les dirigeants français vont lancer toutes leurs forces dans un conflit contre Daesh. Les impressionnantes frappes commises hier à Raqqa par l’armée française en sont le premier acte.

Mais est-ce vraiment une guerre ? N’est-ce pas une validation de facto du pouvoir de Daesh ? Ou alors était-ce la seule solution pour François Hollande ? Même si je comprends qu’une intervention armée fasse partie de l’arsenal d’une démocratie, pas certain qu’il faille parler de guerre, qu’il faille attaquer à toute berzingue, un peu comme le feraient les USA. Voici quelques textes et vidéos qui expriment bien mieux ma position que je ne l’aurais fait moi-même. Bonne lecture. Et n’hésitez pas à me partager d’autres contenus afin d’étoffer ce post.

  • L’écrivain et historien belge David Van Reybrouck considère que François Hollande est tombé dans le piège des terroristes. « Vous avez accepté leur invitation au djihad avec enthousiasme. Mais cette réponse, que vous avez voulue ferme, fait courir le risque monstrueux d’accélérer encore la spirale de la violence. Je ne la trouve pas judicieuse. » Lire ce texte en entier.
  • Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, estime que « le piège qui nous est tendu, c’est l’idée que nous devons faire la guerre », estimant que les terroristes « veulent nous diviser et pousser notre pays à la guerre civile » et que ce n’est pas « parce qu’une bande d’assassins fanatiques vous déclare la guerre que vous tombez dans le piège de la surenchère ». Une intervention très judicieuse dans Ce soir ou jamais.


    Dominique de Villepin à propos de l'Etat… par ULESKI

  • Dominique Faget est photographe pour l’agence AFP, à Paris : « La guerre, comme celle que j’ai couverte au Liban, au Tchad, ou beaucoup plus récemment dans l’est de l’Ukraine, c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières, et les cadavres joncher les trottoirs sans que personne n’ose les ramasser. La guerre, c’est quand on risque à chaque instant de se retrouver à la merci d’un tireur isolé, d’un fou, ou d’un de ces innombrables voyous armés qui sillonnent sans contrôle la plupart des zones de conflit du monde. C’est quand on ne peut pas compter sur la police pour assurer sa sécurité, quand des milliers de réfugiés se lancent sur les routes. La médecine de guerre, c’est quand on doit amputer à la hâte un membre qu’on aurait pu sauver dans des circonstances normales. » Lire ce texte en entier.
  • Julien Salingue a publié cette lettre pacifiste sur Mediapart. Extrait : « Alors, non, Cambadélis. Non, Sarkozy. Non, Hollande. « Nous » ne sommes pas en guerre.
    Ce n’est pas ma guerre, ce n’est pas notre guerre. C’est votre guerre.
    Et une fois de plus, ce sont nos morts. Comme à Madrid en 2004, comme à Londres en 2005, comme en Égypte il y a quinze jours, comme à Beyrouth cette semaine.
    Et comme partout où vous semez la terreur.
    Vos guerres, nos morts.
    Vos guerres, no more. »

Mais après tout peut-être que Kroll a raison :

Réalisé dans "Les Décodeurs" sur la Une dimanche, publié ce lundi dans "Le Soir" …

Posted by Pierre Kroll on Monday, November 16, 2015

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