Une casserole trouée pour L’Echo

Logo L'EchoCe matin, le très sérieux journal économique belge L’Echo faisait ses choux gras avec une révélation des plus scandaleuses : la très bien rémunérée Pascale Peraita, présidente du Samu Social de la Ville de Bruxelles, habite dans un logement du Centre public d’Aide Social (CPAS) de la Ville… Déjà une casserole pour le nouveau bourgmestre de Bruxelles, titrent-ils.

Le problème est que c’est une casserole trouée qu’a brillamment déterrée L’Echo. De temps à autres, des journalistes – qui en général ne s’intéressent que très peu aux matières locales – découvrent qu’il y a au CPAS de la Ville de Bruxelles de locataires aisés qui occupent des logements lui appartenant. Hop, un scandale de plus à enfoncer dans le dos du monde politique. Et hop un article où il n’y a aucune trace du témoignage ni de l’intéressée ni du bailleur. Enfin jusqu’à la publication en ligne qui permet d’ajouter des commentaires qui vont à l’encontre de l’article initialement publié.

Pour rappel, le CPAS de la Ville de Bruxelles est l’un des plus grands propriétaires terriens de BELGIQUE. Cfr cet article de Mathieu Ladevèze dans la DH de 2006 : “La raison est en réalité historique. Son patrimoine historique descend en réalité de Napoléon. Le Régime français de l’époque avait rassemblé les biens de l’église pour en redistribuer une partie à l’ancêtre de notre CPAS actuel, la Commission des hospices et de bienfaisance. Un autre facteur a permis au CPAS de Bruxelles d’enrichir son patrimoine: une série de successions en déshérence.” Il possède même des champs. Champs sur lesquels on ne met, à l’heure actuelle, pas d’allocataires sociaux.

Une partie du parc de logements du CPAS est de grand standing. Le genre d’appartements et de maisons où il ne vaut mieux pas installer une famille de Roms pour 500 balles par mois car sinon le Belge moyen crierait au scandale. Gros billet de toute façon délivré par le CPAS, ce qui aurait été un deuxième scandale, toujours pour le Belge moyen. Donc, depuis de très nombreuses années, le CPAS loue ces logements au prix du marché. Surtout parce que cela lui permet surtout d’équilibrer ses comptes. (Ce que bon nombre de présidents de CPAS de Belgique voudraient pouvoir faire)

Lorsque je travaillais comme journaliste à la DH, j’ai eu entre les mains un dossier à charge d’Yvan Mayeur, actuel président du CPAS, futur bourgmestre de la Ville de Bruxelles, et principal visé par l’article de L’Echo. Dossier qui m’avait gentiment été donné par un petit camarade socialiste. Cette farde contenait tout une liste de logements, avec le nom de tous les locataires, leur fonction et différents salaires – que des documents issus du Conseil du CPAS. A l’époque, j’ai pensé pouvoir faire tomber Yvan le Rouge, comme certains l’appelaient. Après moult vérifications, je me suis rendu compte de deux choses : aucun des logements de la liste n’était catalogué comme social et on avait essayé de m’utiliser pour attaquer un petit copain de sa propre liste à l’approche d’une élection. Le fait d’avoir beaucoup de pouvoir sur une partie de Bruxelles, d’être intelligent mais arrogant et agaçant, n’était pas suffisant pour être accusé d’avoir faire quelque chose dans cette affaire-là.

Après, il est toujours possible de débattre de la pertinence, pour un CPAS, de détenir un tel patrimoine, mais là n’était pas du tout le sujet de l’article de L’Echo.

Un coup de fil à un journaliste qui connaît le terrain local aurait suffit pour en savoir un peu plus sur ce qui est presque un marronnier pour la presse locale. Car je ne dis pas que tout est blanc et tout est normal dans cette histoire, où je ne veux aucunement défendre les divers protagonistes, je dis juste qu’il n’y a pas de quoi faire un article dans cet article. Un tweet ou un blogpost sur un blog perso… Si même L’Echo se met à faire du DH et SudPresse-style pour faire scandale, on n’est pas sauvés.

My2cents.

PS : l’appellation Bruxelles-Ville utilisée dans l’article de L’Echo n’a aucune existence légale. Par ailleurs, même à l’usage, personne n’est bourgmestre de Bruxelles-Ville uniquement car cette appellation familière ne représente que le pentagone. Manque donc Neder-over-Hembeek, Laeken et Haren pour le mayorat. Il faut donc bien parler de bourgmestre ou de CPAS de la Ville de Bruxelles.

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15 thoughts on “Une casserole trouée pour L’Echo

  1. Ouf Mateusz! Je suis assez content de lire enfin quelques lignes sensées à ce sujet. Comme si tout ce déballage sur Pascale Peretta et Yvan Mayeur n’était pas téléguidé…
    Perso, j’ai habité un logement appartenant au CPAS de Bruxelles, au prix du marché… Franchement, certains journalistes sont tombés bien bas (Tu as noté que Le Soir a repris l’info brut de décoffrage)

  2. merci pour ces précisions mais pourquoi ne pas aller au fond de l’info alors: combien de logements de ce type existent ? Quels sont les critères d’attribution ? Et combien de familles sont au même moment en attente d’un logement social à la ville de Bruxelles ? Vous pouvez relativiser les faits, il n’en reste pas moins une ambiguïté tout à fait lamentable dans le fait de profiter de logements de ce genre – avec les revenus que l’on sait- alors que des familles dans le besoin sont sur listes d’attentes depuis des années.

    • Pourquoi ne pas aller plus loin ? J’aimerais bien mais je dois faire bouillir la marmite. Un dossier tel que celui-là risque de prendre du temps et je ne suis pas rémunéré pour faire ce blog…

      Je songe à emboîter le pas à Ploum qui a fait de son blog un blog payant mais “à la différence du commerce classique, c’est vous qui fixerez le prix.”, comme il l’écrit. Cela pourrait ouvrir des possibilités… On verra, je dois encore y réfléchir.

  3. Le monsieur du journal l’Echo écrit quand même avec que avec “un tel salaire, Pascale Pereita n’était forcément pas en pôle position” pour obtenir un logement du CPAS. Circonstance aggravante, les logements du complexe de la Savonnerie sont “attribués en priorité aux habitants du quartier Anneessens éligibles aux aides du CPAS”.
    http://www.bruplus.irisnet.be/fr/content/la-savonnerie-heymans

    Une directrice dont le salaire ne doit pas être très éloigné des 10 patates peut quand même se trouver un logement dans le privé. C’est un élément en plus à charge d’une personne déjà dans le collimateur d’un rapport d’audit.

    Bizarre en tout cas de viser l’Echo (qui ne publie que sur son site pour le moment) et pas Le Soir, qui a tartiné sur la même chose dans la version papier.

    • Pour les explications, je ne peux que me référé à la réponse vidéo vidéo que j’ai partagée plus bas dans les commentaires.

      Pourquoi l’Echo : parce que c’est l’article que j’ai lu :-)

  4. Bien entendu ! Sauf qu’ici ce sont des logements construits dans le cadre d’un contrat de quartier et donc réglementés pour leurs attributions, contrairement au patrimoine purement privé du CPAS. Ce n’est donc absolument pas une casserolle trouée.
    Je trouve ceci dit cet article très complaisant. Tout le monde sait qu’il est impossible pour le commun des mortels d’obtenir un logement à Bruxelles sans un solide piston politique puisque l’attribution est gérée par la secrétaite de Mayeur…

    • Je dis que la casserole est trouvée car l’article ne donne aucune info autre qu’un pitch : Pascale Peraita loue un appartement appartenant au CPAS. Aucune autre information au moment de la publication. Car depuis, l’article a quelque peu évolué. Je dis que la casserole est trouée car il y avait de l’info pour écrire un tweet, mais surtout pour commencer une enquête : Quel est cet appartement ? De quel type est-il ? Combien coûte-t-il ? Comment et par qui a-t-il été alloué à Madame Peraita ? Depuis quand ? Etc etc…

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