Foxi.be, parcours du combattant d’un entrepreneur

Dans mon univers direct, à savoir le Betacowork, mais aussi dans mes fonctions professionnelles passées, chez Technofutur Tic ou chez Geeko, j’ai eu – et j’ai encore – l’occasion de côtoyer de nombreux entrepreneurs et aspirants entrepreneurs. Certains se plaignant que rien n’était fait pour les aider. D’autres, par contre, déplorant le fait qu’il y ait trop d’organismes d’aide à l’entrepreneuriat, voire qu’il y ait plus de programmes d’aide que de projets valables en Belgique. Tout et son contraire donc.

Afin d’y voir un peu plus clair, je vais essayer, sur ce blog, d’explorer cette galaxie composée du Betagroup, de Startups.be, de Nest’up, de l’ABE, de Solvay Entrepreneurs, de Starter RTBF, de MyMicroInvest, du MIC, de Zoom Jeunes… et bien d’autres encore. (Il ne faudra d’ailleurs pas hésiter à me signaler, par mail par exemple, les initiatives dont je n’aurais pas connaissance)

Davy Courteaux photoPour commencer cette série, j’ai décidé de parler du parcours d’un jeune entrepreneur : Davy Courteaux. Qui est-ce ? Pourquoi lui ? Peu de gens, voire quasi personne, n’ont entendu parler de lui. Ce Bruxellois de 24 ans tente de lancer Foxi.be, un projet de plateforme de formations. Et, pour ce faire, il a suivi des formations, fait Starter, tenté Nest’up… Il a essayé d’activer – parfois avec succès, parfois pas -, tous les leviers qui lui étaient accessibles pour lancer son entreprise. Le fait qu’il ait touché à tout va me permettre de commencer cette série, mais avec un entrepreneur plutôt qu’avec un organisme. L’idée m’en est venue il y a quelques semaines quand, dans un mail, une personne de la RTBF m’a demandé pour quelle raison Davy était aussi présent sur les comptes Facebook et Twitter de Starter. La réponse était simple : en une année, il a quasi eu autant de visibilité par ses nombreuses démarches que la totalité des 500 personnes qui s’étaient présentées aux castings de l’émission.

Davy, tu as 24 ans, tu as une formation d’instituteur primaire, comment t’es venue l’envie de devenir entrepreneur ?

J’ai toujours voulu être entrepreneur. Je viens d’une famille modeste et pour moi devenir entrepreneur, cela signifiait devenir riche. En tout cas, plus riche que je ne l’étais. Il y a quelques années, j’ai donc voulu reprendre un GB Express. Ils avaient apprécié mon dossier et mon enthousiasme mais je n’avais pas d’apport financier. J’ai alors commencé un job en attendant de trouver ma voie. Je voulais trouver un projet qui alliait mes deux passions : la pédagogie et la vente. C’est comme cela que j’ai eu l’idée de faire une plate-forme de formations. Depuis que j’ai 16 ans, j’habite tout seul. Puis j’ai fais des études d’insit’ primaire. Mais chez moi je ne sais pas faire grand chose. Je ne sais pas bricoler, coudre… J’ai donc eu l’idée de faire des boxes, type Bongo, mais avec des formations.

C’est là que tu as pris ton premier risque d’entrepreneur.

Oui, j’ai lancé I learn deal en 2011. Pour cela, j’ai vendu ma caisse 9.000 euros. J’ai fait développer un site, acheté des roll up, racheté une petite voiture et suis parti un peu en vacances. Ensuite, il a bien fallu se rendre à l’évidence : je n’avais plus rien pour le marketing de mon projet. Je ne sais pas. J’ai pensé que cela allait rouler tout seul. J’ai bien du me rendre à l’évidence que lancer une entreprise ce n’était pas aussi facile que cela. C’est là que j’ai vu qu’il y avait un casting pour une émission dédiée à l’entrepreneuriat sur la RTBF. Echec cuisant. J’ai été obligé de laisser I learn deal de côté. Je suis retourné au travail mais tout en continuant la réflexion sur le projet.

A ce moment-là, pourquoi ne pas avoir fait appel aux nombreux organismes d’aide à l’entrepreneuriat ?

Je ne savais pas dans quelle direction je devais aller et il était aussi important que je pourvoie aux besoins de mon frère et de ma soeur. Ce qui reste le plus important pour moi.

Qu’est-ce qui te fait reprendre le collier ?

Toujours Starter. Quand on a annoncé les castings de la saison 2, je me suis directement inscrit. A Bruxelles, je n’ai pas été pris. Qu’a cela ne tienne, j’ai retenté le casting de Mons et j’ai été sélectionné pour la première émission. Quelque part, cela a été le déclic pour moi. J’ai décidé de donner toutes les chances à mon projet. Il y avait une période où le public pouvait voter pour ses candidats préférés : j’ai tout donné.

Je me rappelle bien. Tu étais partout : marchés, shoppings, émissions de radio, dans certains médias papier, en photo avec Didier Reynders… C’était limite soulant.

C’est vrai que pendant le mois de campagne, j’ai fait la tournée des shoppings et ai posé pour des photos avec des VIP. Je voulais un maximum de visibilité pour montrer toute ma motivation pour lancer mon entreprise. Ce que j’ai beaucoup aimé dans cette période, c’est la formation de Starters Evolution. Sept candidats de Starter qui ont décidé de se serrer les coudes plutôt que de se voir comme des concurrents. Ce qui nous a, par exemple, permis de passer sur Twizz, une heure par jour, pendant une semaine.

Malheureusement, cela n’a pas été payant.

Pas comme je l’aurais espéré. C’est clair. Mais Starter m’a donné confiance. J’y ai rencontré des personnes comme Patrick Menache (MacNash), Ben Piquard (MIC), Bruno Wattenbergh (ABE) ou encore Delphine Frennet (UCM) qui me seront bien utiles par après. Tout d’abord, cet échec m’a fait comprendre que mon idée seule ne valait rien si je ne maîtrisais pas mieux les techniques entrepreneuriales et si je n’avais pas un business plan valable. Par chance, pendant ma campagne pour participer à l’émission, j’ai liké toutes les pages Facebook liées à l’entrepreneuriat en Belgique francophone. J’ai donc constaté qu’au début 2013, commençaient de nombreuses formations. J’ai décidé de m’inscrire à toutes.

C’est là que commence ton marathon dans l’univers des formations à l’entrepreneuriat.

En effet, je me suis donné 6 mois pour me former à la création d’entreprise. J’ai commencé par la formation microStart, dont je suis sorti avec une première ébauche de plan financier. J’ai cumulé avec Zoom Jeunes puis j’ai fait le CEI. J’ai essayé d’être pris à Nest’up, cet impressionnant accélérateur de start-up qui lançait son édition du printemps. Cela n’a pas marché. Il fallait être en équipe. Et mon projet n’étais peut-être pas encore assez mûr. J’ai alors enchaîné avec Start’Essentials de l’ABE (création d’entreprise en 6 modules).

De quoi bien occuper ses six mois. Quel bilan tires-tu à la fin de cette période, au début de l’été ?

D’une part, j’étais très content. J’ai appris énormément de choses lors de ces formations. Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup progressé. J’ai profité de cette période pour recontacter Ben Piquard que j’avais rencontré lors du Starter Tour à Mons. Il a accepté de me donner des conseils. Tout comme l’a fait Bruno Wattenbergh. Mais d’autre part, je me suis rendu compte que le chemin était encore long avant de lancer ma société, devenue Foxi entre temps. Car j’étais dans un cercle vicieux. D’un côté, Bruno me demandait de lui apporter des lettres d’intention pour valider mon idée. De l’autre, il fallait absolument que j’ai un business plan solide. Pour ce dernier, j’ai contacté Delphine Frennet car elle m’avait dit que l’UCM pourrait m’aider pour le volet financier. Mais pour ce qui est des lettres d’intentions, j’étais face à un dilemme. Pour ne citer qu’eux, Belgacom et Fortis étaient intéressés par mon idée mais je n’avais rien à leur montrer d’autre qu’une présentation et ma motivation. Je n’avais pas de site valable. Aucun n’a voulu signer les lettres d’intention. Et je n’avais pas l’argent pour développer le site.

Plus de voiture à vendre cette année. Le scooter n’allait pas suffire. Pourtant, je sais que ton site est en construction. Comment as-tu fait pour récolter les fonds ?

J’ai appelé Patrick Menache !

Ah bon ?

Oui, je lui ai dit cash : “Patrick, j’ai besoin de 10.000 euros !”. Il a dit OK. Il m’a fait un prêt étalé sur plusieurs mois et en contrepartie, il a demandé d’être prioritaire lors de la première levée de fonds. Dès que j’ai reçu l’argent, j’ai commencé le développement du site avec David Theijs. Foxi.be devrait être en ligne le 1er décembre.

Mais ne vas-tu pas te trouver dans la même situation que la première fois que tu as eu un site, à savoir sans argent ?

J’ai bien retenu la leçon. Je vais donc lancer une levée de fonds d’ici peu de temps avec MyMicroinvest, la plateforme de crowdfunding. En fait, en mars dernier, j’ai gagné un concours organisé par MMI lors du Salon Entreprendre. J’ai un bon pour rencontrer 20 business angels lorsque j’aurais quelque chose de tangible à leur montrer. Mais cela m’a surtout permis de rencontrer l’équipe de MMI. Qui m’a bien aidé pour préparer ma levée de fonds. J’espère lever 100.000 euros : 50.000 via la plateforme et 50.000 via un gros investisseur. Et avec l’aide de l’UCM, je compte bien pouvoir activer le Prêt Lancement du Fonds de Participation.

J’ai aussi vu que tu avais gagné 50.000 euros sur NRJ.

Pendant l’été, NRJ et Les Jeunes Entreprises se sont associés dans le cadre d’un concours de start-up. J’ai eu la chance de gagner 50.000 euros de marketing pour ma boîte sur NRJ et du coaching des LJE. J’ai aussi la chance de rencontrer Julie Foulon du Betagroup, qui m’a invité à présenter mon projet une fois qu’il sera lancé.

Que de chemin parcouru en une année. Et maintenant ? J’ai vu que tu avais participé au Startup Weekend à Liège ou encore que tu avais été à nouveau non-repris à Nest’up.

Comme je l’ai déjà dit plus haut, le lancement du site doit se faire le premier décembre. D’ici là j’espère avoir lancé la levée de fonds sur MMI. Et là, j’hésite entre PME Start (ICHEC) et Solvay Entrepreneurs pour accompagner le lancement de mon projet. Entre-temps je continue à participer autant que je peux à tout ce qui touche à l’entrepreneuriat.

Homepage Foxi

Terminons sur Foxi.be. En quoi va consister le fonctionnement de ta plateforme ?

L’idée est de faire se rencontrer les gens qui proposent des formations et ceux qui en cherchent. Pour le moment, il faut principalement passer par Google et on n’a aucune garantie sur le contenu de celles-ci. Pour l’instant, j’ai déjà une trentaine de formateurs qui attendent le lancement de Foxi. Et je suis en discussion avec une centaine d’autres. Comme on peut le voir sur le printscreen, le thématiques abordées seront la couture, le bricolage, la peinture, la cuisine… mais il y aura aussi des visites ou des conférences.

Et combien cela va-t-il coûter ?

Pour les formateurs, il y aura des formules d’abonnement à Foxi. Ce n’est pas encore scellé dans le marbre mais on s’oriente vers 14,99 euros pour les indépendants, 54,99 pour les PME et pour les grosses entreprises, il y aura des offres de prix selon les services. Il y aura une commission de 10% par formation réservée sur la plateforme. Le prix de la formation sera fixé par le formateur. Pour les utilisateurs, l’accès à Foxi sera évidemment gratuit sauf pour pour ceux qui ont envie de faire partie du Foxi Club. Avec un abonnement de 4,99 euros par mois, ils auront accès aux formations 48 heures avant les autres et cela leur donnera droit à une assurance annulation pour les formations.

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11 thoughts on “Foxi.be, parcours du combattant d’un entrepreneur

  1. Ca serait bien aussi de parler de temps en temps de ceux qui ont du mal a survivre.

    J’ai autour de moi plusieurs personnes qui arrêtent leur entreprise “web”, d’une part a cause des mesures rétro actives de di rupo, d’autre part car il leur est devenu impossible d’atteindre la “masse critique” nécessaire pour répondre aux demandes. Avant on se lançait sur le web avec frontpage et une tasse de café, maintenant l’utilisateur attend sa petite app android et iphone dès le lancement.
    10000 EUR ? On ne lance plus rien sur le web sans avoir 200,000 EUR en poche.

    La réalité économique de ce pays, au delà de ce déluge d’aides et de concours-starter médiatiques ; est que nous avons battu le record de faillites en belgique ce mois-ci.

    PS: Mat, ton lien vers david thyis est broken.

    • Ils ne seront pas oubliés. Je compte évidemment parler de ceux qui ont été obligé de partir, de ceux qui ont raté ici mais aussi de ceux qui réussissent ici.

      • Merci Mateusz. Je sais que mon commentaire est un peu à contre courant et peu enthousiasmant, mais toi qui fréquentes beaucoup d’entrepreneurs, tu dois aussi en voir une brouette qui retourne dans le privé se faire salarier.
        En tout cas moi je ne vois plus que ça.

        Les plus chanceux quittent le pays (il est un fait qu’il est sans doute encore plus dur de débuter en belgique que de débuter dans un pays ayant une fiscalité normale)

        Enfin moi c’est a une vraie hécatombe que j’assiste, certains disent que c’est à cause du “mur du mobile” (investissement colossal pour présenter un truc crédible sur l’appstore et le maintenir), d’autres évoquent platement un intérêt moindre pour le web ; certaines statistiques montrent en effet une décroissance globale du nombre de surfeur et du trafic web.

  2. La détermination de Davy est impressionnante !!!

    Il suivra PME-START cette année, programme en gestion en entreprenariat de l’ICHEC-PME.
    Afin de finaliser son impressionnant parcours, nous allons lui donner les connaissances et outils pour réussir à lancer foxi.be avec succès !

  3. Pingback: Latest #thmbefr news at 2013-10-03 13:10:06 | Thmtag - Themes Blog

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  5. Pingback: soldat de métier

  6. Je suis initiateur d’un projet économique d’importance visant la production sur le sol vierge de six régions de Tunisies (agriculture biologique) de matières premières naturelles biologiques et locales (fruits, légumes, herbes médicinale, plantes aromatiques, etc.)
    La production est transformée sur place pour collecter les huiles, essences, jus, etc.
    L’ensemble de ces matières arrivent en Belgique et en France pour en confectionner des produits hi tech en matières : cosmétiques, produits de santé et de bien être, huiles essentielles, compléments alimentaires et aliments divers..
    Le bureau économique nous assiste depuis 3 mois dans la préparation de notre projet (production en Belgique). L’AWEX nous soutient etc.
    Nous devons à présent présenter un plan d’affaire pour 4 années pour, entre autre, Namur Invest et pour les banques.
    Pourriez vous nous orienter vers un bureau ou un organisme susceptible de nous aider en matière de présentation chiffrée (Excel), sachant que la rédaction du plan d’affaire es entièrement terminée, elle contient les chiffres ainsi que tous les détails.
    Merci de nous apporter une orientation et/ou un conseil pour arriver rapidement à la présentation complète du dit plan.
    Merci.

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