Qui t’autorise @ me vouvoyer ?

En juillet, le très médiatique journaliste français Laurent Joffrin a fait le buzz suite à un échange avec un twitto, Franz Peultier, contributeur du site Acrimed. Ce dernier a répondu au premier tweet du journaliste au sujet du cours de l’or : « Oui mais comme tu dis: Vive la crise ! » Cet outrageant tutoiement n’a visiblement pas plu à l’actuel directeur de la rédaction du Nouvel Observateur qui a répondu ceci :

A l’époque, l’affaire a fait grand bruit. La twittosphère française s’est déchaînée contre l’ancien de Libération. Et ce, avec tout l’énergie que l’on peut mettre à clasher quelqu’un de connu. Rarement avec finesse, intelligence et retenue. C’est que, durant sa longue carrière, Laurent Joffrin ne s’est pas, fort logiquement pour un journaliste, fait que des copains en France.

Bienvenue donc sur Twitter cher Monsieur Laurent Joffrin.

Aujourd’hui, en bon polémiste, il s’est fendu d’un billet intitulé Qui vous autorise @ me tutoyer. Papier dans lequel, sous une forme des plus civilisées, étale toute sa morgue vis-à-vis de Twitter. “Le réseau qui gazouille, est une drôle de volière. Je dois dire franchement, pour le fréquenter depuis deux mois, que j’y ai trouvé peu d’aigles mais beaucoup de linottes, de perroquets et de corbeaux”, écrit-il pour commencer. Evidemment qu’on peut être d’accord avec cela, mais un peu comme dans la vraie vie, il faut bien choisir avec qui on parle. Si j’ai des linottes, des perroquets et des corbeaux dans mes followers, j’y décèle aussi, et j’en suis fort aise, bon nombre d’aigles… Je sais bien qu’on ne choisit pas qui vous parle sur Twitter mais on peut se demander pourquoi si peu de personnes intéressantes ne l’interpellent…

Mais, le but de mon billet n’est pas de défendre Twitter, loin de là.

En lisant cet article, je me suis dit que Laurent Joffrin utilisait le vous comme Franz Peultier le tu. De manière agressive. En fait, dans son article, on pourrait parler du tutoiement au lieu du vouvoiement. Vouvoyer, pfff.

Il écrit ceci :

“Il y a en effet plusieurs sortes de tutoiements. Celui cordial ou amical, que j’emploie volontiers, comme tant de journalistes. J’ai été militant du PS, parti dans lequel le tutoiement est de règle, ce qui est plutôt agréable. Mais il y a aussi le tutoiement agressif, tel celui qu’emploient les automobilistes quand ils s’invectivent.”

Mais cela aurait pu être :

Il y a en effet plusieurs sortes de vouvoiements. Celui cordial ou amical, que j’emploie volontiers, comme tant de journalistes. (…). Mais il y a aussi le vouvoiement agressif, tel celui qu’emploient les snobs quand ils veulent vous rabaisser en vous prenant de haut.

Pour moi, tout le billet est de cet ordre. D’une agressivité condescendante. Pas mieux donc que son interlocuteur.

Pour terminer, je voudrais juste lui dire à nouveau que ce qui vaut pour le tutoiement vaut pour le vouvoiement. Quand il écrit que : “Mais, après tout, je ne suis pas obligé de me soumettre à des codes décidés par d’autres fussent-ils dupliqués à l’infini”. Pourquoi, moi, je devrais me soumettre à des codes décidés par d’autres , à savoir le vouvoiement, fussent-il dupliqués à l’infini depuis des siècles.

Pourquoi ne pourrait-on pas dire que le tutoiement est la forme la plus polie pour s’adresser à quelqu’un ? Pourquoi ne pourrait-on pas envisager que le vouvoiement n’est destiné qu’à exprimer le dédain ?

My 2 cents.

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22 thoughts on “Qui t’autorise @ me vouvoyer ?

  1. Je suis un putain d’aigle!
    I believe I can flyyyyyyyyyyyy!

    Twitter c’est qu’une bande de branler qui ne font que jouer à touche pipi… je n’y ai vu aucun aigle et pourtant j’avais un fusil…

  2. Cher Mateusz,
    J’ai toujours eu tendance à tutoyer les intimes et à vouvoyer les autres.
    J’ai aussi constaté que certains, dans leur façon de nuancer, appellent leurs “amis” par leur prénom mais refusent d’être tutoyés en échange.
    Cela aussi, c’est une façon de se comporter en “être supérieur”, et je déteste cette hypocrisie!
    Autant dire que “je m’abaisse à ton niveau, mais n’oublie pas que je te suis supérieur!”
    Je crois que c’est aussi une question d’éducation: il y a des faux-jetons dans tous les milieux.
    Amitiés

  3. Sur le fond, je ne suis pas trop d’accord avec toi.
    Le vouvoiement est une forme de respect et je trouve dommage:
    1. que certains l’utilisent à tord pour se positionner comme “supérieurs”
    2. que le vouvoiement soit banalisé … comme une forme d’aplanissement qui fait que les plus jeunes perdent certains repères (ça fait partie de l’éducation). Et sur ce plan, j’en conviens, les moyens de communication modernes (donc les réseaux sociaux) facilitent ces aplanissement.

    Perso, j’ai du certainement commettre quelques entraves à cette règle. C’est vrai, c’est “facile” de tutoyer qqun via Twitter alors qu’on ne le connait pas.

    Ma règle est plutôt: je vouvoie jusqu’au moment où mon interlocuteur me propose le contraire.

    Sans en faire un plat, je trouve logique qu’une personne bcp plus jeune que moi et qui ne me connait pas me vouvoie de prime abord. Je me souviens d’une interview que j’ai fait passé à un jeune sorti de l’école. Le gus arrive, me fait la bise et dis “tu vas bien”. Désolé, je ne me sens pas supérieur, mais il y a un minimum de respect.

    C’est arrivé avec Alain Gerlache dont le tweet “dis, on se tutoie non ?” (ou quasi) m’avait bien surpris. Il ne me serait en effet jamais venu à l’idée de le tutoyer avant qu’il ne me le propose !

  4. Autant dans une structure hiérarchisée le vouvoiement peut se tenir (et encore que) mais sur Twitter, qui reste quand même le grand n’importe quoi de l’ego trip à partir de quand doit ou peut on tutoyer/vouvoyer?

    Au nombre de followers, à l influence, à l’indice Klout, parce que c’est une “personnalité” et dans ce cas pourquoi Mateusz lui ne serait pas plus une personnalité que machin?

    Faut arrêter les gars c’est jamais que vos minables petites idées et des débat stériles affichés en 140 caractères…

  5. Le tutoiement permet surtout de gagner deux caractère, soit 1.43% de la totalité du message, d’où son usage intensif.
    Ce n’est pas négligeable du tout.

  6. Personnellement, je me sers du tutoiement par défaut lorsque je rencontre quelqu’un. C’est le mode de communication avec lequel je suis le plus à l’aise. Je ne repasse au vouvoiement que si je perçois que la personne bloque dessus. 80% des personnes avec lesquelles j’interagis le vivent plutôt bien ;)

    PS: hé dis, chouette article btw.

  7. Tutoyer ou vouvoyer, c’est un peu comme une rencontre amoureuse… on se cherche du regard,on voudrait dire, on cherche ses mots, on n’ose pas, on ose, on hait ces silences qui créent de la distance, on aime ces silences qui créent de la proximité, bref on s’électrise…
    Twitter, c’est un peut pareil : le 110 volts côtoie allègrement la ligne à haute tension, dans un même fil… et j’avoue que j’ai parfois du mal avec mon thermostat…

    • J’aime beaucoup ce commentaire. Le seul, pour le moment, qui me réconcilie, avec le vouvoiement. Merci.

      PS : Désolé de ne pas avoir répondu plus tôt… il semble que quelques alertes se soient malencontreusement perdues dans mes spams.

  8. 5 ans plus tard, ce post est toujours d’actualité. Je demande à mes étudiants de me tutoyer. Pas facile pour la plupart d’entre eux. ;-)

    PS: l’un de vous – oui vous les 200 étudiants avec qui j’ai cours ce mardi 25 octobre – verra-t-il ce commentaire ?

    • 6 ans plus tard, ce post est toujours d’actualité*
      À mon avis c’est un indémodable. Vous faites fort ! Oups… Tu fais fort!

      C’est étrange de tutoyer son professeur mais j’adhère totalement. Je pense juste que c’est plus simple de tutoyer dans la parole que par écrit.
      Oralement il y a un contexte qui apporte une autre dimension aux mots et qui guide l’interlocuteur dans l’interprétation des paroles, le tutoiement se fait plus naturellement. Alors que par écrit, les mots sont “pure interprétation” – on décode avec nos moeurs : si je te tutoie c’est que je te connais personnellement, sinon ‘le respect veut que je vouvoie’.

      C’est l’usage que l’on en fait qui détermine le sens… Bref t’as compris ;)

      PS: c’est maintenant la nouvelle vague d’étudiant #ISFSCLab qui fait revivre ce post !

      • Chère Emilie,

        pour moi c’est pareil quand je ne connais pas les gens, je les vouvoie aussi mais le moins longtemps possible ;-) Au téléphone, parfois, la première chose que je dis c’est “On peut se tutoyer ?”

        Après, tu sens – enfin, c’est mon cas – très vite si les gens sont ouverts au tutoyement ou pas.

        Par écrit, tu le soulignes fort bien, c’est évidemment autre chose. Même s’il m’arrive parfois de proposer un tutoiement dans mon premier mail, je reste bcp plus facilement sur le vous ;-)

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