Willy Demeyer fait rire la Meuse

Hier matin, le bourgmestre socialiste de la Ville de Liège Willy Demeyer était l’invité de Arnaud Ruyssen à Matin Première (Ecouter l’interview). Il a, entre autres, été interrogé sur les parallélismes qu’on pouvait faire entre ce qui se passe dans les villes anglaises et dans nos bonnes villes belges.

Comme cela été le cas pour quelques autres twittos, j’avoue avoir trouvé la performance de l’édile socialiste plus que moyenne : il enfonçait des portes ouvertes, mélangeant l’Angleterre, les indignés, Liège et les pays où s’est levé le Printemps arabe, voire “arable” pour lui. Comme d’autres, je ne me suis pas privé de dire ce que j’en pensais sur Twitter : “Merveilleux passage que celui de Willy Demeyer sur #LaPremiere !!! Magnifique florilège d’âneries pas chères”. Je m’étonnais aussi qu’un bourgmestre belge semble, selon ses dires, avoir la solution à la crise anglaise mais d’autres ont relevé de nombreuses contradictions, une définition particulière de ce qu’est une guerre civile et d’autres choses encore. Tous ces tweets vous pouvez les trouver dans un article de la Meuse, édition liégeoise du quotidien Sudpresse, appartenant au Groupe Rossel.

Car suite aux quelques tweets que nous avons postés le matin, la rédaction en ligne de LaMeuse.be s’est fendu d’un billet intitulé Willy Demeyer fait “rire” Twitter avec ses déclarations sur les émeutes et le printemps “arable”.

Willy Demeyer fait rire Twitter

Averti par un tweet que, parmi d’autres, je devenais célèbre par le fait que mes tweets avaient été retranscrits sur LaMeuse.be, j’ai très vite émis des doutes quant à la pertinence de cet article. Ou plutôt par ce genre d’article. Le genre dont je parle est celui qui veut qu’un ou des tweets puissent de plus en plus suffire pour faire un article. Je ne nie pas qu’un tweet de quelqu’un d’important puisse s’auto-suffire, mais ici les gens cités – moi en premier – ne sont pas des cadors de la politique belge. Et si nous étions considérés comme tels, ce n’est, de toute façon, expliqué nulle part.

En fait, je réagis cette fois-ci car mes propos ont été relayés. Avec ceux de quelques autres. C’est que le “quelques” devient sur LaMeuse.be, Willy Demeyer fait rire Twitter. Comme si des milliers de Twittos belges s’étaient fendus la balle hier matin en écoutant le brave bourgmestre de Liège. Sur LeSoir.be (toujours Rossel), on récupère le billet des voisins et on y va carrément avec Willy Demeyer déchaîne la twittosphère, en titre, et Ses déclarations (…) enflamment la twittosphère. Amusant comment, la poignée de personnes qui ont réagi est devenue la twittosphère. Passons.

Ce qui m’a gêné, outre le côté exagéré de la titraille mais qui a sa logique, c’est le fait que – et je me répète – les tweets suffisent pour l’article. Mais on ne se pose pas les questions les plus importantes : Willy Demeyer-t-il vraiment dit des âneries sur La Première ? Si oui, lesquelles. Avec des faits. L’on n’a pas contacté la moindre des personnes citées dans l’article pour qu’elle explique ses propos. Qui n’ont visiblement pas été vérifiés. Tout a été tapé comme tel. Et cela arrive de plus en plus souvent dans certaines rédactions web qui, on dirait et je me trompe peut-être, ne vivent que dans le but de pouvoir dire que “AUJOURD’HUI, on a été les premiers au niveau des pages vues, du nombre de visiteurs…” ou que sais-je encore.

Mais Twitter n’est qu’une source. Et comme toutes les autres sources, elle mérite qu’on lui accorde le même respect en la vérifiant et en la corroborant avec des faits, des chiffres, des interviews, des études… Twitter, ni Internet en général, n’a jamais forcé qui que ce soit à pondre un article dans la demi-heure. En oubliant tous les principes journalistiques. Ici finalement, on se fout de ce qu’il raconte le Willy Demeyer. Quelques personnes sur Internet s’attaquent au bourgmestre du coin et se moquent de lui. Ca fait rire la rédaction. Parfait ! Un gros titre et on y va. Bah, après tout, la presse populaire a toujours utilisé les mêmes ficelles. Je suis bien placé pour le savoir puisque j’ai travaillé quelques années à la Dernière Heure. Mais bon, même au Soir, on copie/colle et on y ajoute un peu de pétrole.

Mais ce n’est pas tout, quand normalement interpellé par le buzz qui l’entoure, Willy Demeyer explique, toujours à LaMeuse.be, que tout cela a pu être “instrumentalisé” et qu’on s’attaque à l’homme et pas à ses idées, de nouveau, on ne se pose aucune question sur les déclarations. Quid de l’instrumentalisation – attaque forte s’il en est. On ne précise pas non plus que chaque politique qui passe en radio ou en télé, trouve sur Twitter de nombreux détracteurs pour le reprendre à la moindre erreur. Rien, on assiste à un clash et on le partage sur son site. Sans plus.

Voilà, je sais très bien que l’on pourrait écrire cela pour d’autres articles. Je précise d’ailleurs que je n’ai rien contre la rédaction en ligne de la Meuse, qui doit, comme la plupart des ses consoeurs avoir beaucoup d’objectifs à remplir sans avoir suffisamment de moyens financiers et humains. C’est juste que dans cet article-ci, j’apparais, et que je veux m’en désolidariser.

PS : Monsieur Demeyer, si vous me lisez, vous ou quelqu’un de votre cabinet : ceci n’est pas un post sponsorisé. Je n’ai pas été contacté par le MR pour vous pourrir la vie.

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15 thoughts on “Willy Demeyer fait rire la Meuse

  1. Salut Mateusz,
    Je viens de lire ton article.
    Je t’avoue que je m’étonne un peu de ton étonnement, toi le vieux briscard de la presse écrite francophone ;)
    Quasi tous les jours, je peux lire des articles mal torchés, dépourvu d’analyses, sans argumentaires, parfois racoleurs, voire mensongers…
    Celui-là emprunte effectivement des raccourcis impressionnants mais finalement dans la moyenne de ce que je peux lire quotidiennement sur les sites sudpresse, DH ou l’avenir.
    A très bientôt !

    • Tu trouves qu’on lit de l’étonnement dans mon billet ? Je dis pourtant bien que je réagis cette fois-ci car je suis cité dans l’article.

      Je sais très bien comment cela se passe. Ne t’en fais pas ;-)

  2. Bon , début de réponse:
    Premièrement, je tiens a préciser que je suis l’instigateur mais non l’auteur de l’article. Je n’en approuve donc pas chaque terme mais je suis loin de m’en désolidariser.
    Disons-le donc tout de suite: je n’aurais pas titré comme ça, même si je comprends le pourquoi. La première idée c ‘est de partir sur “demeyer s’est-il ridiculisé sur Matin1”, ce qui me parait quand même un sujet costaud, et de citer les tweets a l’appui.

    • Oui, mais s’est-il ridiculisé ? Il n’y AUCUN élément factuel dans cet article que des tweets et des déclarations. Rien qui démontre noir sur blanc qu’il s’est ridiculisé.

      Nous avons moqué les déclarations de Demeyer mais avions nous raison ? Quelqu’un a-t-il vérifié si les déclarations de Demeyer étaient vraies ? Ou celles qui étaient fausses, étaient-elles démontées par un argumentaire ?

      S’est-on posé la question de savoir qui étaient les personnes qui l’ont vilipendé ? Si oui, autant dire qui elles sont… Surtout si on doit se baser sur notre seule bonne foi pour dire que “Twitter” rit de Demeyer.

      Donc oui, il y a sujet mais qui n’a jamais été défloré.

      Voilà. Nous ne sommes donc pas d’accord mais je te remercie d’avoir réagi à mon billet.

      N. B. Une nouvelle fois, je répète que ce genre d’articles, où l’on prend des tweets et on en fait un article sans plus d’analyse ni de vérification, n’est pas du tout l’apanage de Sudpresse. Nombreuses sont les rédactions web qui font pareil. Et je ne réagis que parce que je suis cité dans le billet.

  3. Pingback: Twitted by NicolasLecloux

  4. Ah ça, les généralisations hâtives… En général je suis juste furieuse d’avoir cliqué et contribué ainsi à augmenter leur nombre de page views… Mais bon, Sud Presse est presque le champion de ce genre de titres fouillés pour titiller notre curiosité, quitte à tordre un peu les faits – et à décevoir dans l’article.

    Eh oui, notre temps libre devient de la chair à pâté pour annonceurs.

    Ce qui serait drôle, maintenant, c’est que tu utilises ton pouvoir de Jedi Twittérien pour créer des Tweets qui “déchaîneront la twittoshpère” mais… fakes :lol:

    • Oui, c’est un problème pour des rédactions web qui sont souvent trop peu étoffées… Dans le fond, ce n’est pas au journaliste qu’il faut en vouloir (quoique ici…) mais aux directions de ces médias qui sous-financent leurs rédactions web mais leur demandent de suivre tout et d’être réactifs sur tout.

      Tu ne peux pas travailler correctement dans ces conditions-là. Que tu sois de bonne volonté ou non.

      Quant à moi, j’ai déjà rédigé des faux tweets ;-) j’ai même initié le FT, pendant au RT, mais Fake Tweet ou Faux Tweet… J’ai écrit un billet pour l’expliquer http://bit.ly/j7fVMK ;-)

  5. J’ai fait un stage à La Capitale… J’ai pas aimé la manière dont on voulait que je traite l’info et j’me suis barrée, oué… Et La Meuse, c’est encore pire, j’étais abonnée à leur newsletter rien que pour la créativité des titres du message (genre “découpée à la hache” and so on – et puis, surtout, tu cliques et, si ça se trouve, rien à voir quoi…)

    M’enfin…

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