DH : le choix le plus facile

« Le rédacteur en chef adjoint de la Dernière Heure, Vincent Liévin, a été remercié par la direction d’IPM ce matin. Son limogeage est la conséquence d’articles controversés publiés vendredi 25 mars dans les pages du quotidien », peut-on lire sur le nouveau site de RTL, RTL.be. C’est le choix le plus facile que la direction pouvait prendre pour calmer les mécontents…

Logo Dernière HeureVendredi, je m’étais, comme de nombreux particuliers et associations féministes, insurgé, dans un billet, contre la publication du papier Prostitution : TOP 5 des bonnes adresses dans la DH et sur DH.be. Les réactions ne s’étaient pas trop fait attendre puisque le billet a été retiré dans la journée et que le journal a présenté ses excuses dès le samedi, tant dans la version papier que dans la version en ligne.

Une bonne nouvelle dans la communication du groupe IPM : la journaliste qui a écrit l’article n’a pas été jugée responsable pour la publication. Ce papier était clairement une commande que, comme indépendante, elle n’avait pas trop le choix de refuser… Pas facile la vie de journaliste freelance qui n’a pas assez de clients pour pouvoir dire non.

La mauvaise nouvelle, c’est le licenciement de Vincent Liévin. Pourquoi mauvaise nouvelle ? Parce que c’est la solution de facilité. Si on en est arrivé à ce que quelqu’un propose de faire un tel sujet, c’est qu’il y a un problème de fond.

Ce n’est pas comme si, un matin, on s’était dit : tiens, je vais faire un dossier trash à mort, irresponsable et tout… La DH a toujours fait dans les sujets qui claquent, qui dérangent, qui sont border line. Je pense que personne ne le niera. C’est juste que ici, on est allé trop loin.

Mais comment cela se fait-il ? Dire qu’une personne est seule responsable, c’est vraiment facile. Juste un cache-sexe. Comme je le rappelai vendredi, les ventes de la DH s’écroulent de manière vertigineuse ces dernières années. D’une part parce qu’Internet prend des parts de marché, mais surtout parce que les choix de la direction propulsent le journal au plus bas.

La rédaction se vide à vue d’oeil. Les cadres ne sont pas remplacés. Ou alors par des jeunes qui font de leur mieux mais qui n’ont pas un encadrement suffisant. Le sous-investissement humain est criant dans une rédaction qui a pourtant tant donné pendant des années… On peut rétorquer qu’IPM a acheté des rotatives, mais à ce que je sache, une imprimante n’a jamais remplacé un journaliste.

Au final, on obtient une rédaction en manque de moyens, à qui on demande évidemment de remonter la pente – ben tiens… Une des manières de remonter la pente, c’est de faire dans le trash, et dans le trash cul de préférence. Pas glorieux mais ça rapporte. A force d’aller de plus en plus loin, de plus en plus trash, il n’est pas étonnant qu’un jour quelqu’un dépasse les limites, comme vendredi.

Pour moi, cette erreur n’est que la résultante d’un trend provoqué par ailleurs. Un individu paye pour un système complètement enrayé… Si le système reste en place, cela ne changera rien.

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15 thoughts on “DH : le choix le plus facile

  1. Moi je dis que si t’avais jouer à faire du ramdam via tes contacts twitter et facebook ça aurait été un pet dans un verre d’eau…

    Tout ça c’est de ta faute :D

    • Et bien, sache que bien avant moi, de nombreuses associations féministes ont battu le rappel et ont envoyé moult mails et passé de nombreux coups de fils.

      Par ailleurs, diverses plaintes ont été déposées au Conseil de déontologie journalistique. Conseil qui a contacté la DH dès vendredi. Je ne suis qu’un des rouages de la protestation.

      Néanmoins, je ne nie pas ma part de responsabilité.

  2. C’est clair que c’est la solution la plus facile.

    Chez les journalistes, ils seraient temps de refuser d »écrire des articles de ce genre. Il n’y a pas qu’à la DH : Sudpresse, 7sur7 font pire, chez eux, c’est tous les jours.

    Et quid de la télé ? Certains « Questions à la une » sont plus que limite pour une tranche horaire de début de soirée.

    C’est peut-être l’occasion d’écrire sur le journalisme qui ne court qu’après l’audience.

    Sortir des infos le plus rapidement possible sans certitudes des faits, avec des titres accrocheurs, des articles sans-fonds, des copiés-collés de news belga …

    L’info perd en qualité avec ce genre de pratique.

  3. Il est vrai qu’on peut aussi s’interroger sur l’approche et le manque de « stratégie » cohérente du groupe, exception faite de Paris-Match. C’est regrettable car à la base, La DH était un beau titre de presse… A l’époque de Van Wylick et Marthoz. @Mediarescue

    • eh, n’importe quoi: van willick et marteau (écrits comme ça), ce sont précisément eux qui ont lancé la DH dans la course au trash. Et d’ailleurs remonté les ventes de la sorte, à cette époque. Le beau titre de presse, c’était encore avant…

  4. en même temps, le mec viré a ajouté la signature de l’indépendant, qui avait préféré ne pas signer le papier qu’elle avait écrit. Et le Liévin n’en est pas à son coup d’essai: c’est vraiment la lie du métier, ce mec. Un gars sans foi ni loi, qui pompe, repique, plagie et verse volontiers dans le trash, tout naturellement. Pour moi, il est tout à fait capable de se lever un matin et de se dire: « tiens, si je faisais un dossier trash à mort, irresponsable et tout… » Je crois que la direction l’avait dans le collimateur depuis un bail et qu’elle a sauté sur l’occasion. Elle a eu bien raison. De toutes façons, ça fait un moment qu’il laissait entendre que Sud-Presse voulait le débaucher: on va pas pleurer non plus. Le seul truc qu’on regrettera de lui, ce sont les 120 euros qu’il versait à l’AJP chaque année. Et puis, il trouvera bien un cabinet de ministre pourri où se recaser…

    • Doucement, doucement… facile de tirer sur l’ambulance. Maintenant qu’il s’est fait virer, ce n’est plus le moment de l’accabler.

      Je connais bien Vincent pour avoir bossé avec lui quelques années. Il a souvent fait des trucs limites, je te l’accorde, mais c’est cela qui l’a fait avancer à la DH… Donc, c’est que son style convenait à la boîte.

      Ce n’est pas pour rien qu’il animait aussi souvent le journal. Si on n’aime pas le style de quelqu’un, on ne lui donne pas le titre de rédac’ chef adjoint ni la responsabilité d’animer le journal.

      Quant au fait de ne pas le regretter, je connais pas beaucoup de journaux en Belgique où on pleure le départ des chefs ;-)

      • j’ai travaillé pas loin de vincent pendant un moment, moi aussi, et je persiste: c’est un journaliste médiocre et un chef opportuniste. Son style convenait? C’est bien là le drame…

  5. Solution facile ou solution simpliste ?

    Facile non, c’est pas facile de virer quelqu’un.

    Solution simpliste, oui c’est plus simple de tout concentrer sur une seule personne. Alors que c’est une responsabilité partagée et non ponctuelle. La surenchère, l’indifférence, galvauder, …

    Je te rejoins donc pleinement mais je voulais juste jouer avec les mots pour relever la nuance.

  6. Pingback: Top 1 du mauvais goût journalistique : la Dernière Heure | Mateusz

  7. loin de l’agitation de l’époque, pour bien connaîte le dossier de l’intérieur de la DH où les langues se délient efin, je peux vous dire que j’ai mené mon enquête, Vincent Lievin n’a pas rajouté la signature du journaliste et qu’il n’a pas demandé de le faire ! Cela n’enlève en rien le fait qu’il était le responsable du journal ce jour-là et que c’est normal qu’il saute.

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