Peur et barbelés pourraient faire des réfugiés les prochaines victimes des attentats de Paris

Ce lundi 16 novembre 2015, trois jours après les attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis dans la nuit du vendredi 13 novembre, le Président français François Hollande a fait diverses annonces devant les deux chambres du Parlement réunies exceptionnellement en Congrès à Versailles. Si j’espérais – sans trop d’espoir – une déclaration du type « Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance », comme celle prononcée par Jens Stoltenberg, 1er Ministre Norvégien, après le massacre d’Utoya en 2001, le ton a été ici tout autre. Après les frappes sur la Syrie déjà orchestrées la veille, on eu droit, comme l’écrivait si justement le tweeto Humourdedroite à : « Des frappes en 24h, un Patriot Act en moins de 48, tous les politiques qui aboient à la guerre. Il est bien ce François Bush. » François n’est plus Flamby mais va-t-guerre.

Peur et barbelés - ©Christopher Furlong/Getty ImagesSi on comprend bien que le Président de la France se doive de réagir après les 130 morts que son pays a à déplorer, entrer en guerre totale ne semble pas être la meilleure solution qui s’offrait à lui. D’abord, comme je le rapportais ici hier, les événements de ces derniers jours ne sont pas une guerre. Deuxièmement, et c’est le point qui retient mon attention aujourd’hui, cette décision de guerre totale en Syrie risque d’amplifier encore plus la crise des réfugiés qui plombe l’Europe depuis plusieurs mois. Dans un rapport d’Amnesty International, à paraître ce 17 novembre, l’on peut constater que la majeure partie des initiatives prises ou non prises ces derniers mois par les membres de l’Union européenne mettent les réfugiés en danger, quand elles ne leur coûtent pas la vie.

Peur et barbelés mènent à l’augmentation des morts en mer

Dans ce rapport, intitulé Peur et barbelés – La stratégie de l’Europe pour tenir les réfugiés à distance, l’on peut lire que « la détermination de l’Union européenne à fermer ses frontières extérieures alimente diverses violations des droits humains, et ne fait en outre rien pour endiguer les flux de réfugiés aux abois ». Pointant principalement la décision de construire des clôtures le long des frontières et les demandes faites à des pays voisins, comme la Turquie et le Maroc, d’être les sous-traitants qui devront s’occuper de l’accueil des migrants et des réfugiés.

Le rapport Peur et Barbelés fustige donc, entre autres : « la construction de clôtures, l’utilisation de gaz lacrymogène et d’autres formes de violence contre les migrants et demandeurs d’asile, la détention, l’obstruction d’un accès à des services de base tels que des abris, de la nourriture ou de l’eau et l’utilisation d’un langage menaçant ou de discours haineux ». Ou encore, le recours injustifié ou excessif par les gardes civils espagnols; les renvois illégaux de Grèce et de Bulgarie vers la Turquie; les mesures prises par la Hongrie pour empêcher les réfugiés d’entrer dans le pays… Poussant les réfugiés à emprunter d’autres itinéraires – plus dangereux dans la plupart des cas. En 2015, près de 90 % des migrants irréguliers sont arrivés par la voie maritime. Au total, 3.500 personnes ont péri en mer en 2014 en tentant de gagner l’Europe, et près de 3.500 entre janvier et début novembre de cette année.

Alors que, dans ce rapport, qui dénonce ces pratiques avec moult exemples, Amnesty international recommande à l’Europe une série de mesures telles que l’ouverture d’itinéraires sûrs et légaux pour les réfugiés, la garantie de l’accès au territoire et aux procédures d’asile aux frontières terrestres extérieures de l’UE, la fin des renvois forcés illégaux et autres violations des droits humains… les propositions de François Hollande vont encore plus les mettre en danger. D’une part, en bombardant la Syrie avec ses alliés américains et russes, il ne pourra qu’augmenter le nombre de candidats à l’exil. Ensuite car, dans un esprit de repli sur soi, il va de le sens de tous ces états qui veulent fermer leurs frontières aux centaines de milliers de personnes qui fuient la guerre.

Dans son allocution d’hier, devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis, François Hollande déclarait solennellement que « le visage des morts, celui des blessés, celui des familles, ne quitte pas son esprit. Ce souvenir nourrit une résolution sans faille », en parlant des victimes parisiennes. Il serait avisé de ne pas oublier les milliers de personnes qui rêvaient elles aussi de liberté, d’égalité et de fraternité, et qui ont perdu leur vie dans la Méditerrannée. Et aussi à celles qui, en vie, méritent que ce puissant décideur européen nourrisse ce genre de résolution à leur égard. Et peut-être de se rappeler avoir « proposé » à l’Union européenne, en accord avec la chancelière allemande Angela Merkel, « un mécanisme permanent et obligatoire«  d’accueil afin de répartir les réfugiés et les demandeurs d’asile, suite à la mort du petit Aylan Kurdi, qui l’avait, à l’époque, beaucoup ému. Faites, Monsieur Hollande, que ceux-ci ne soient pas les prochaines victimes des attentats perpétrés à Paris le 13 novembre 2015.

Amnesty : Peur et barbelés, le rapport dans son intégralité.

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