Sur-contrôler Internet n’est pas la solution aux attentats de Paris

Capture d’écran vidéo MédiapartHier soir, assez tard, j’ai découvert, grâce à Numerama, le passage de Jérémie Zimmermann, co-fondateur de La Quadrature du Net – organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet -, lors de la table ronde Internet et terrorisme djihadiste organisée mercredi par la commission d’enquête du Sénat français sur la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe.

Suite aux attentats meurtriers perpétrés en janvier dernier par les frères Chérif et Saïd Kouachi et par Amedy Coulibaly, la première réponse de nombreux politiques a été de s’attaquer à Internet comme vecteur de radicalisation. En omettant de dire que les trois Français s’étaient surtout radicalisés en prison, à l’étranger ou en allant à leur sortie de prison rendre visite à une grande figure de l’islam radical qu’ils avaient, pour deux d’entre-eux, rencontrée derrière les barreaux (Les dates-clés de la radicalisation d’Amedy Coulibaly, Le Monde).

En France, mais aussi en Belgique, on argue haut et fort qu’un contrôle accru et massif d’Internet nous permettra d’avoir plus dé sécurité, d’éviter d’autres attentats… Comme aux Etats-Unis, la théorie du Collect All selon laquelle on serait plus protégé si toutes nos communications – c’est déjà le cas – et nos échanges sur le Net étaient collectés et stockés, s’est renforcée.

Lors de son passage devant le Sénat français, Jérémie Zimmerman a, je trouve, très intelligemment donné des réponses aux nombreuses propositions liberticides auxquelles les médias occidentaux ont fait écho ces dernières semaines.

Si je vous invite chaudement à écouter l’entièreté des deux vidéos voici quelques réflexions avancées par le militant des libertés individuelles. Dans son intervention, il rappelle une chose qu’il ne faut oublier : il dit qu’on peut comparer les pratiques des états chinois, iraniens et russes avec celles de la France au vu des dernières évolutions législatives. En Belgique, nous ne sommes pas encore au stade français, mais comme chez nos voisins, législature après législature, nos gouvernements successifs prennent des décisions qui réduisent nos libertés dans un but qui se veut sécuritaire.

Comme Jérémie Zimmerman le précise, et comme normalement tout démocrate devrait le faire, la surveillance de masse n’est jamais justifiée dans un état droit, « comme le dit le Conseil de l’Europe et la Commission consultative du gouvernement sur les droits de l’homme ». Evidemment, il n’est pas contre pour la surveillance ciblée des communications dans le cadre de procédures policières claires et encadrées par magistrat.

De manière assez cynique, il se demande si on va faire semblant de prendre le problème à bras-le-corps en faisant l’illusion de ne pas attaquer le socle des libertés fondamentales et sans légaliser des pratiques de surveillance de masse profondément anti-démocratiques et malheureusement déjà existantes. Pour lui, si on souhaite s’attaquer aux vraies raisons des attentats, il faut s’occuper des prisons, des banlieues, de l’école… « Il faut faire un pied de nez à ceux qui attaquent nos démocratiques en renforçant nos libertés fondamentales ». Et non l’inverse.

Il rappelle aussi quelque chose de très important : l’anonymat, le cryptage des communications… sont des éléments très importants de la lutte pour les droits de l’homme dans de nombreux pays dans le monde. Et il ajoute que, pour que les journalistes puissent faire correctement leur travail, c’est aussi primordial. Jérémie Zimmerman insiste même sur le fait que ces derniers doivent bien se rendre compte que « la protection des sources passe impérativement par la protection des données et communication ».

Dans cette deuxième vidéo, le militant français avance quelques pistes pour lutter contre les dérives en ligne.

  1. Dans un état de droit, le juge est la seule personne habilitée à restreindre les libertés fondamentales. Le droit à procès équitable, transparent, avec droit aux recours doit être garanti à tous.
  2. La surveillance en ligne mais ciblée et transparente afin qu’on sache comment cela fonctionne exactement mais aussi pour la renforcer, le cas échéant.
  3. La responsabilité individuelle, pour lui en investissant dans l’éducation et par d’autres biais, on doit travailler à former l’esprit critique des jeunes.
  4. La responsabilité collective qui doit veiller à ne pas laisser se développer les idées de haine. Pour lui, il ne s’agit pas combattre les symptômes mais bien les causes et aller s’opposer aux idées de haine.

Ces lignes ne sont que quelques phrases que j’ai notées par-ci, par-là, vous vous ferez une meilleure opinion de son interventions en écoutant Jérémie Zimmerman dans son entièreté.

Merci à Mediapart pour la captation.

Pin It

One thought on “Sur-contrôler Internet n’est pas la solution aux attentats de Paris

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *