Bourse de 1.000 euros/mois pour lancer son entreprise : débat en ligne

Eric Everard dans Trends-TendancesDans un article de Gilles Quoistiaux paru la semaine dernière dans Trends-Tendances, le CEO d’Artexis Eric Everard – élu Manager de l’Année par le même magazine – plaidait pour que « les pouvoirs publics instaurent une bourse de 1.000 euros par mois pendant un an pour tous les créateurs d’entreprise ».

La proposition ne me semblant pas dénuée d’intérêt, ne fut ce que parce qu’elle est formulée par le CEO d’Artexis, j’ai ajouté cet article dans mes divers flux de partage. Surtout quelques jours après que j’ai lancé une série d’articles sur mon blog à propos des aides à l’entrepreneuriat en Belgique.

Sur Facebook, bien plus que sur Twitter et sur LinkedIn, un véritable débat s’est engagé à propos de cette proposition. Il m’est vite apparu que je devais garder une trace voire amplifier cette discussion. Surtout sur un support autre que Facebook. L’avantage d’avoir de poursuivre la conversation sur un blog est qu’elle peut survivre dans la longueur. Sur Facebook, on est plus dans l’immédiateté et retrouver des échanges après quelques semaines est vraiment d’un pénible. Vous retrouverez donc si dessous la discussion sur Facebook mais aussi un texte que j’aurais composé avec diverses interventions que j’ai glanées sur Twitter et LinkedIn en plus de Facebook.

Sur Linkedin, Jean-Marc Poncelet trouve que c’est une excellente idée. « En plus quand on parle de budget, il suffirait de restructurer l’ensemble des aides qui existent mais qui ont tellement de contraintes que ça devient peu intéressant. 1000€/mois, c’est pas loin des 10.000€ de bourse de préactivité en Région Wallonne. On donne bien à un chômeur 1000€/mois pour chercher du boulot, pourquoi ne donnerait-on pas 1000€/mois pour créer une entreprise. Pour lancer ma boite, j’ai quitté mon boulot, dépensé mes économies et je dois encore payer 650€/trimestre comme allocation sociales sans parler frais de création de société, comptable, etc…Je répète une très bonne idée. »

Pour Stefan Ifrim, multiple-entrepreneur, la proposition a par contre quelque chose de dérangeant. « C’est un peu contradictoire. Le principe de base d’une startup/société, c’est quand même de faire du pognon, pas de jouir de toutes les assistances possible et imaginables… La vraie définition d’une société – pour moi – c’est de produire/fournir quelque chose pour laquelle la société est prête à donner de l’argent… Je ne sais pas précisément ce qui me dérange là-dedans, mais j’aime pas… C’est contraire à l’idée que je me fais de l’esprit ». Sur Twitter, Xavier Damman abondait dans le même sens dans de multiples messages.

Ce à quoi j’ai rétorqué que la proposition visait surtout à palier la frilosité des investisseurs en Belgique. Aux USA, les business angels se bousculent pour investir dans les startup. « Chez nous, ils investissent dans les entreprises qui font déjà du pognon. Les banques prêtent de moins en moins. Il faut bien trouver une solution pour les jeunes qui lancent des boîtes. Non ? »

Pour ma part, c’est une bonne idée. En Allemagne, où l’on n’est pas vraiment partisan de filer des aides pour le fun, cela existe depuis un moment. Chômeur, tu peux lancer une boîte sur présentation d’un business plan. Tu touches un salaire garanti pendant plus ou moins une année. Ce que me confirme Amélie Broutin qui a bénéficié de cette possibilité lorsqu’elle a lancé sa société, Web & Com, en Allemagne.

L’exemple allemand

« L’aide s’appelait « Existenzgründerzuschuss », précise-t-elle. Elle me permettait, après exposé de mon projet et validation de mon business plan par une fondation agréée (qui m’a aussi aidée à re-composer mon business plan de manière à le rendre valide et mon projet viable), de toucher pendant 9 mois 70% du salaire que je touchais chez mon dernier employeur. Cela remplaçait effectivement un chômage, et me dispensais du coup de devoir postuler à différentes offres inutiles. Je gagnais, en tant qu »Existenz Gründer’ non seulement un statut et des aides adéquates, mais également une appellation bien plus valorisante que ‘chômeur’, je pense que cela est important aussi pour motiver un jeune entrepreneur à se lancer. En tout cas, ce dispositif est en très grande partie responsable de mon succès aujourd’hui ! Je n’aurais sans doute pas osé me lancer sans cette sécurité financière. 9 mois c’est juste ce qu’il faut pour entrer dans la danse correctement je pense. »

Ferdinand de Roubaix, lui, préfèrerait encore voir créé un organisme public qui investisse dans ces start-ups, remplaçant les frileux BA. « En divertissant le portefeuille, on pourrait même en faire une activité rentable (ou auto-suffisante) ce qui ne pomperait pas l’argent de nos poches pour les mettre dans celles de n’importe quel premier venu », ajoute-t-il.

La position de l’Agence Bruxelloise pour l’Entreprise

Bruno Wattenbergh, directeur de l’Agence bruxelloise pour l’entreprise, a tenu à expliquer sur Facebook pourquoi son agence soutenait le projet. « Il est intéressant de mettre la proposition d’Eric Everard en perspectives avec les passages à l’acte d’entreprendre relevés par certains scientifiques.

Il existe en effet, une sorte de formule mathématique modélisant le passage à l’acte d’entreprendre.
Un des facteurs de cette formule est l’utilité en termes de gains espérés de la création d’entreprise, comparée à l’alternative qui est soit un travail salarié, soit une allocation de chômage. Il paraît évident que les gains espérés en devant indépendant ou entrepreneur doivent être plus élevés que la situation de départ. Mais il faut pondérer cette espérance par un facteur de risque. Cette pondération va dépendre de la perception par le candidat entrepreneur du risque lié au projet. Deux facteurs influencent la perception du risque entrepreneurial par un candidat : le premier est l’aversion pour le risque, plus l’aversion est grande, plus la prime de risque augmente ; le deuxième facteur est le nombre d’aventures entrepreneuriales créées récemment autour du candidat et qui vont le rassurer sur la faisabilité de l’opération.

L’intérêt de la proposition d’Eric Everard est de rassurer le candidat entrepreneur dans les premiers mois de son activité par rapport à sa subsistance et celle de sa famille.

Aujourd’hui d’autres études académiques sur l’entrepreneuriat démontrent qu’une grande majorité de créateurs démarrent sans disposer d’un capital important et/ou d’un business plan très détaillé. C’est devenu possible, par rapport à une période antérieure, grâce à l’internet et les technologies de l’information qui ont permis de diminuer les barrières à l’entrée. Aujourd’hui, on peut concurrencer des entreprises plus grandes sans nécessairement disposer d’une usine, mais seulement d’un ordinateur, d’une connexion internet, d’un cloud computing éventuellement. Bref, c’est moins « capital intensive » qu’avant. Si tel est le cas, plus de gens compétents seraient capables de démarrer, si on leur assure un minimum de moyens de subsistance pendant une certaine période. Et c’est l’autre grand intérêt de la proposition d’Eric Everard : aujourd’hui, tous les cours d’entrepreneuriat préconise le test, plutôt qu’un business plan lourd et rigide. Tout n’est pas prévisible dans un business plan. Dès lors, il est recommandé de tester les grandes hypothèses du projet AVANT de s’endetter. Disposer chaque mois de moyens financiers limités, mais permettant d’assurer le minimum pourrait permettre à un certain nombre de belges d’essayer, de faire des tests, de valider la faisabilité commerciale et technique de leur projet d’entreprise. »

Yann Lebout, lui n’a pas de soucis par rapport à cela, sauf par la justification « les fins de mois sont difficiles au début, quand tu es entrepreneurs. Parce que bon, il y a plein d’employé temps-plein pour qui les fins de mois sont difficiles et l’Etat ne va pas compléter leur salaire. Par ailleurs, il y a aussi des entrepreneurs qui gagnent de l’argent dès le premier mois, ça semblerait bizarre de leur donner encore de l’argent public en plus… »

Pour Lionel Dricot, c’est simple : il faut opter pour un revenu de base ou revenu inconditionnel. Il l’explique très bien sur son blog, comme vient de me le rappeler Xavier Damman.

Voilà, il y a encore d’autres commentaires intéressants à lire ça et là. Je vous invite à les lire et à les commenter, sous ce post ou ailleurs. Le principal est d’alimenter le débat.

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3 thoughts on “Bourse de 1.000 euros/mois pour lancer son entreprise : débat en ligne

  1. Quand on évolue aujourd’hui dans le monde des entreprises c’est effectivement impressionnant le nombre de conférences, de coach (qui pour la plupart n’on jamais créé d’entreprise eux même), de formations, d' »initiatives », c’est franchement ridicule. Il y a certainement plus de coach en création d’entreprise / communication / business / stratégie … en belgique aujourd’hui qu’il n’y d’entrepreneurs. Evidemment c’est sans risque pour eux! Tout ce que ces gars font c’est parler et le risque il est pris par les mecs qui collent leurs dernières thunes dans le projet auquel il croient (rarement à raison bien entendu).

    Supprimons toutes ces aides, permettons aux indépendants d’avoir le chômage , taxons plus intelligemment (cf la règle ridicule des 3 ans pour les charges sociales), ça ira déjà beaucoup mieux. Le système Belge n’est pas prévu du tout pour les gens qui prennent des risques. Faut aussi arrêter avec cette diabolisation de la faillite.

  2. Philippe , bonne nouvelle, la règle des cotisations revues trois ans plus tard disparaît en 2015, ils voulaient même le faire en 2014, mais ils ne seront pas prêt.

  3. I found this idea not very entrepreneurial,… Lack of money and obligation of result is what help to create successful business,…

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