Community management politique : osez la franchise

Hier soir, en Belgique, nous avons assisté à un exercice assez rare : le Premier ministre Elio Di Rupo s’est essayé à une séance de questions/réponses sur Twitter juste après avoir fait sa déclaration de politique générale au Parlement.

Le principe était assez simple : il suffisait de poser une question sur Twitter avec le hashtag #DemandeaElio (#VraaghetaanElio pour les néerlandophones) et entre 16h30 et 17h50, à peu près, le Premier ministre belge allait répondre à un maximum de questions. Dans les deux langues.

Entre 2007 et 2009, j’ai eu l’occasion d’organiser ce genre d’exercices. A l’époque, je gérais le le Politique Show, blog politique attenant au quotidien la Dernière Heure/Les Sports. A ce moment-là, Twitter n’avait pas encore le même impact que maintenant, c’était plutôt le temps des chats. Ce qui n’a pas changé, c’est que ces deux exercices ne sont que des gadgets de communication, tant pour les politiques que pour les médias. Le show médiatique et le volume de réponses étant les deux objectifs de l’opération.

Personnellement, cela ne me dérange pas si cela n’arrive pas trop souvent et que cela se fait dans une certaine continuité. Ce qui me dérange un peu plus, c’est qu’on veut toujours en faire trop dans la communication. Hier encore, l’équipe du Premier ministre a voulu montrer l’image d’un Super Elio Di Rupo qui aurait lui-même répondu à tous les tweets, jonglant entre les deux langues comme un équilibriste au-dessus du Grand Canyon.

Tout part d’une observation que j’ai faite en regardant le profil d’Elio Di Rupo via Hootsuite. Si Twitter ne donne plus l’origine des tweets, d’autres outils le font. On peut ainsi découvrir quelles applications sont utilisées pour envoyer les messages.

On peut constater que les réponses en néerlandais se faisaient depuis un iPad et celles en français depuis l’application web. Ce qui n’est en rien illogique puisque cela permet de faire une recherche par hashtag et de répondre directement aux tweets. Quinze minutes après mon tweet, la réponse est venue sous forme d’une photo. On y voit Elio Di Rupo avec son Mac et son iPad : #CQFD, Elio est seul face aux internautes.

Capture d'écran Twitter Elio Di Rupo

MAIS. Il y a un mais. Cela ne suffit pas pour m’ôter mes doutes. La raison en est simple. Je vous disais plus haut que j’avais organisé divers chats politiques en mon temps. J’ai donc eu l’occasion de croiser plusieurs fois Monsieur Di Rupo. Et le souvenir que j’en garde est que le socialiste montois était d’une lenteur d’escargot face à un clavier d’ordinateur. Aurait-il suivi des cours de dactylo entre temps ? Peu probable.

Par ailleurs, un fait corrobore le fait qu’il ne twitte pas lui-même : son compte est souvent abreuvé de messages alors même qu’il est occupé de prononcer des discours.

Mon propos n’est pas de fustiger le fait que l’équipe du Premier ministre gère ses réseaux sociaux. Loin de là même. Je trouve cela tout à fait normal qu’une stratégie soit mise en place et dirigée par un staff, le tout sous la supervision et la responsabilité du politique. Je regrette simplement qu’on n’ait pas la franchise de dire la vérité. Non Elio Di Rupo ne twitte pas tout lui-même car il n’a pas le temps de de le faire. C’est tout à fait normal, il a certainement des choses plus importantes à faire comme Premier Ministre.

Ici, je prends l’exemple d’Elio Di Rupo car je réagis à l’exercice d’hier mais cela vaut pour bon nombre de politiques. A ceux-là, je leur dis : n’ayez pas peur d’oser la franchise. Les gens savent que vous êtes entourés de communicants. Ne leur laissez simplement pas la main à 100% sur vos comptes sociaux et n’hésitez pas à produire une partie de vos tweets ou de vos posts Facebook vous-mêmes.

Elio Di Rupo, ancien président d’honneur du Comité belge de soutien à Barack Obama, et bien d’autres, devraient suivre l’exemple du président des Etats-Unis : annoncer clairement la couleur.

Printscreen Barack Oboma Twitter

Au final, tous les tweets postés sur le compte d’Obama sont de toute façon sous sa responsabilité. Mais il a la franchise de dire qu’il ne les poste pas lui-même. Pour les journalistes et le public, cela ne change rien sauf qu’il a été honnête avec ses followers. Et cela, je pense que cela amène bien plus de bonnes choses que de faire croire qu’on assume tout tout seul.

Pin It

3 thoughts on “Community management politique : osez la franchise

  1. Stéphanie Van Schoors 16 octobre 2013 at 13 h 46 min - Reply

    Pour prendre l’exemple de la page de ma ministre, Sabine Laruelle, on a pris l’option d’expliquer dans le « à propos » comment était gérée la page. Quand les publications sont signées SL, c’est elle, sinon c’est sa cellule communication qui publie. Ainsi les choses sont claires pour celles et ceux qui rejoignent sa page!

  2. Pingback: Latest #smmbe news at 2013-10-16 19:06:06 | Thmtag - Themes Blog

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *