#jo2012 : Le web ne s’attaque pas aux commentateurs sportifs

Voilà maintenant une dizaine de jours qu’une bonne partie des médias vit à l’heure olympique. Cela n’arrive que tous les quatre ans et, de toute façon, les médias n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent en cette période de l’année. Voyez, par exemple, la couverture qui a été faite, en Belgique, du double accident cardiaque puis du décès du célèbre ministre socialiste wallon Michel Daerden : directs depuis Frejus, jour après jour, pour dire qu’il n’y avait rien de neuf. Jusqu’au jour de sa mort. Depuis, quasi tous les citoyens de Ans, près de Liège, et ceux de Frejus, ont été interviewés pour dire tout le bien qu’ils pensaient de leur ancien bourgmestre ou de ce joyeux vacancier. Quand il faut remplir, il faut remplir…

Dans le même ordre d’idée, les Jeux olympiques sont omniprésents sur les chaînes publiques françaises et belges, toutes deux détentrices des droits de retransmission de toutes les compétitions organisées à cette occasion. De 9 h à 1h du matin, il est possible de se gaver de sports en tous genres. Mais aussi d’être gavé par les commentateurs sportifs. Dans un article intitulé Le Web s’attaque aux commentateurs sportifs, paru dans Marianne, Ismaël Mereghetti écrivait « Sur Internet, beaucoup s’agacent de la prestation des commentateurs – historiques – de France TV, jugés trop chauvins. Sur Twitter on raille le machisme des uns, le côté «has-been» des autres. Dernier couac en date : une maladresse de Nelson Monfort faisant part de la vie privée d’une nageuse française.« 

Printscreen team France TV Sport

Je rejoins pleinement cet avis pour ce qui concerne le chauvinisme, le machisme, la ringardise ou le côté has-been d’une certaine frange de commentateurs – et encore s’ils se présentaient comme cela, cela irait, mais beaucoup d’entre-eux sont journalistes sportifs, ce qui est l’objet d’un billet en cours pour ce blog. Par contre, je trouve, une nouvelle fois, qu’on attribue beaucoup trop de pouvoirs au web – « Le Web s’attaque aux commentateurs sportifs » – et à Twitter – « Le courroux de Twitter ».

Ce n’est pas que le Web et Twitter n’ont rien à voir avec la diffusion des critiques à l’encontre de certains membres vieillissant de l’équipe des sports de France Télévisions, c’est juste qu’ils permettent cette diffusion. Ce sont les premiers Jeux olympiques sociaux. En 2008, à Pékin, nous étions déjà un bon nombre à commenter les épreuves en ligne mais ni les grands médias ni le grand public ne s’intéressaient guère à la chose. Ils n’ont pu voir les plaintes de l’époque à l’encontre des mêmes joyeux drilles du PAF.

Rien de neuf donc sur les réseaux sociaux mais, et surtout, rien de neuf tout court. Car de mémoire de fan de sport qui regarde France Télévisions depuis la fin des années 80, j’ai toujours entendu les mêmes remarques sur les mêmes commentateurs. Je ne sais pas ce qu’il en est en France, mais en Belgique, pour ne citer que lui, il me semble que Nelson Monfort a toujours eu le chic d’énerver un maximum de monde avec ses questions, avec son chauvinisme, son émerveillement béat devant n’importe quelle prestation, usant de superlatifs gluants que ce soit en tennis, en athlétisme, en patinage à glace…

La grande différence, avec l’avènement des réseaux sociaux, c’est que cette grogne remonte à la surface telle une balle gonflée à l’hélium plongée dans un lac. On me répondra que les gens ont toujours la possibilité de faire leurs remarques via les courriers des lecteurs, via un courrier à la chaîne… Oui, ok. Et alors ? Tout cela ne représente à chaque fois qu’un petit ru qui se perd au fond de la campagne abandonnée. Fini ce temps-là, maintenant, facilement et surtout de manière visible, n’importe quel quidam peut, sur Twitter, sur Facebook, ou ailleurs, signifier à ces braves messieurs qu’ils doivent faire attention s’ils ne veulent pas tomber de leur piédestal en se cassant une dent sur le lavabo.

Le Web et Twitter n’attaquent personne. Ils permettent – dans le cas ici-présent – aux gens d’exprimer leur mécontentement de manière collégiale. Avant Internet, on ne voulait pas perdre son temps à écrire un lettre pour se plaindre, à quoi bon. Ou alors, on pouvait avoir l’impression de se plaindre tout seul, d’être à contre-courant. Grâce aux outils – et c’est tout ce qu’ils sont, même si c’en sont d’excellents -, on se rend compte que notre voix , qui semble souvent si petite, ne l’est plus une fois ajoutée facilement à beaucoup d’autres petites voix.

Evidemment, je ne suis pas niais non plus et l’avènement des réseaux sociaux amène à de nombreuses dérives. Mais je ne pense pas devoir le rappeler, tant jour après jour, la plupart des médias nous rabâchent à quel point Internet peut être dangereux. D’ailleurs, France Télévisions, une nouvelle fois, s’est illustrée depuis Londres le 31 juillet dernier lors de sa « prolongation » quotidienne, où ils ont si savamment parlé de la dangerosité de Twitter. Un grand moment.

Photo : printscreen du spot de présentation des commentateurs de France Télévisions

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6 thoughts on “#jo2012 : Le web ne s’attaque pas aux commentateurs sportifs

  1. …ah oui etj’oubliais l’envoyé spécial de Malonne (RTL-tvi) qui, quelques heures après la fin de la manif, déclare en direct que le bourgmestre de Namur rencontrera les riverains quant à la venue éventuelle de Michel Daerden à Malonne ….oooops on venait d’annoncer sa mort !!

    • Ca c’est différent, on est dans la lapsus. Malheureux, très malheureux, mais ce n’est pas constant, dit avec le sourire, et on ne s’offusque pas de se faire reprendre…

  2. Les réseaux sociaux ont enfin donné une voix aux sans voix et la plutocratie des médias français s’en offusque.
    Il serait ptet temps qu’on vire les dinosaures commentateurs pour laisser place à des gens plus en accord avec leur temps et qui n’iront pas faire des blagues douteuses sur le surpoids des américaines illustré par une compétitrice haltérophile, ou sur la « technique primitive » des Kényanes au 400m haies (et cette dernière perle venait de chez nous sur la RTBF2)… :neutral:

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