Journalistes indépendants mal payés ? Amis lecteurs, manifestez-vous !

Vendredi matin, la Fédération européenne des journalistes (FEJ) et l’Association des journalistes professionnels (AJP) organisaient une table ronde et une conférence de presse intitulée : Les Journalistes indépendants ne sont pas gratuits.

Logo Pigiste pas pigeonA cette occasion,l’AJP dresse, à nouveau un constat alarmant : 4 journalistes pigistes sur 10 gagnent moins de 2.000 euros bruts par mois. En 2006 déjà, l’AJP avait effectué une première campagne Pigiste pas Pigeon. Toute aussi alarmante. A l’époque déjà le constat était semblable, certaines rédactions payent leurs indépendant une misère (voir les tarifs, avec des chiffres qui semblent invraisemblables comme des brèves payées 1 euro/brut), font des pressions sur eux… 5 ans plus tard, les résultats de la seconde enquête – Pigiste pas Pigeon : Acte 2 – sont inchangés… voire pire.

L’enquête a permis d’établir un nouveau relevé des tarifs réellement pratiqués et de dresser quelques grands constats :

• Plus de la moitié (52, 6%) des journalistes indépendants, ne gagnent pas plus de 2.300 € bruts par mois, ce qui représente, pour les mieux payés, moins de 1.700 € nets. Quatre pigistes sur 10 vivent avec moins de 2.000 € bruts et 13% des répondants à l’enquête perçoivent moins de 1.000 € bruts.
• Pour la plupart des journalistes indépendants, les rémunérations sont restées inchangées depuis au moins cinq ans, ce que la comparaison entre les deux enquêtes de l’AJP confirme globalement.
• La disparité des tarifs pratiqués, non seulement entre médias d’un même secteur, mais aussi au sein d’un même groupe éditeur reste frappante. L’opacité du système de rémunération et l’absence de critères objectivables restent de mise.
• La relation entre le pigiste et le média client reste totalement régie par le second, imposant abusivement des clauses de non-concurrence, la cession gratuite de droits d’auteur ou des prestations de faux indépendants.

Articles or it didn’t happen !

Si le constat est assez dramatique – tant pour les journalistes que la qualité de la presse (ben oui il ne faut pas toujours attendre le meilleur de gens mal payés ou encore d’attendre d’avoir les meilleurs quand on paye mal), il reste malheureusement méconnu du grand public. Dans son blogpost intitulé Mutisme généralisé sur les piges de misères, Ricardo Gutiérrez – journaliste (Le Soir), syndicaliste (AJP, Setca), formateur (ULB, IDJ), explique que « la nouvelle concerne au premier chef 1,7 million de lecteurs de quotidiens francophones, en Belgique. Pourtant, pas un titre de presse ne lui a consacré une ligne, ce samedi matin. » Pas une ligne ! La dépêche Belga – l’agence de presse ayant été la seule à se déplacer vendredi – ne se trouvant dans son intégralité que sur le site de la Libre Essentielle.

Rien. Nada. Nix. Un peu comme s’il ne s’était rien passé. Un peu comme si on voulait cacher une vérité trop dérangeante. Pourtant, nos médias se lèvent, sont directs et bien d’autres choses encore dont ils se targuent… Mais qu’ils n’appliquent pas à eux-mêmes. Comme l’écrit encore Ricardo « A force de s’abstenir de livrer à ses lecteurs l’information à laquelle ils ont droit, parce qu’elle les concerne au premier chef, la presse quotidienne creuse sa propre tombe. Elle ne peut claironner son indépendance et son sens éthique tout en taisant les éléments objectifs d’information qui la concernent. »

Surtout que le grand public se plaint de plus en plus de la qualité de l’information qui lui est fournie par les médias. Que ce soit sur le fond ou sur la forme. Les critiques fusent de plus en plus et visiblement, comme dans ce cas-ci, l’on préfère faire le gros dos plutôt que d’affronter la critique. Ce qui pourtant est l’essence du journalisme.

Manifestez-vous

Donc, si comme moi, vous trouvez que les médias devraient vous tenir informés de ce genre d’informations. Manifestez-vous auprès des rédactions. Envoyez leurs des mails. Pour ceux qui ont des blogs, écrivez des blogspots. Pour les autres, utilisez Twitter, Facebook, Google+, LinkedIn… pour faire savoir votre désaccord quant à la désinformation dont vous êtes victimes. Et par la même occasion, n’hésitez pas à demander à ces mêmes rédactions de revaloriser les salaires de leurs journalistes indépendants.

Enfin, pour celles qui ne payent pas bien. Car, fort heureusement, tous les médias ne sont pas à mettre dans le même panier (Je n’ai pas donné de noms car je ne veux pas mettre de bons ou de mauvaux points). Il est des journalistes – ils sont quand même nombreux – qui sont contents de leur sort. Ceux-là sont souvent en place depuis des années. Les journalistes précaires et mal payés sont, en règle générale, ceux de la dernière décennie. Mais ils sont surtout ceux des prochaines décennies. Ils sont donc très importants !

Longue vie à la presse, quelle soit écrite, télé, radio ou Internet !

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24 thoughts on “Journalistes indépendants mal payés ? Amis lecteurs, manifestez-vous !

  1. Moi j’aimerais quand même faire remarquer une chose: on passe souvent sous silence le sort des pigistes qui ne sont pas inscrits à l’AJP.

    En cause, une clause des statuts de l’AJP qui considère qu’écrire pour le Custom Publishing (les magazines publiés par des entreprises ou des organisations) n’est pas une activité de journaliste.

    Les pauvres pigistes qui cumulent piges dans la presse « respectable » et dans le custom publishing sont donc souvent exclus de l’AJP et donc encore moins protégés.

    • Ce n’est pas « une clause de l’AJP » qui interdit le cuumul de ces activités, mais la loi de 1963 sur la reconnaissance du statut de journaliste professionnel. La commission d’agréation instituée par cette loi (où l’AJP est minoritaire) ne peut qu’appliquer la loi. Les pigistes reconnus ne sont tout de même pas si rares: ils représentent 21% de la profession et quasi 40% des stagiaires admis par l’AJP.

  2. Pingback: Journalistes indépendants mal payés ? Amis lecteurs, manifestez-vous ! (by @mateusz) | Bienvenue dans le journalisme contemporain | Scoop.it

  3. Et ne pas oublier non plus qu’il y a énooormément de journalistes pigistes qui ne sont pas référencés par l’AJP…

    Quid aussi des statuts, des commissions paritaires des salariés du web.

    • L’enquête ne porte pas sur les pigistes « référencés par l’AJP », mais sur l’ensemble des pigistes reconnus par la commission d’agréation (porteurs d’une carte de presse)

  4. Pingback: Journalistes indépendants mal payés ? Amis lecteurs, manifestez-vous ! | La vague et le terrain | Scoop.it

  5. Le souci, c’est que les emplois sont tellement précaires, que personne n’ose rien dire. Et vu que personne n’ose rien dire, les employeurs en profitent et continuent leur petit marché dans l’ombre. Ce genre d’initiative est en tout cas louable et j’espère que les lecteurs vont s’en rendre compte.

  6. Sorry, mais trouver alarmant que 40% de représentants d’un métier gagnent – de 2.000 EUR Brut par mois il faut quand même oser.
    Je ne connais pas votre parcours pro mais je connais des candidats notaire (5 ans en fac de droit + licence en notariat + 3 ans d’expérience pro en stage) qui gagnent moins de 1800 € brut…

    La conclusion indiquant que c’est la dernière génération qui gagne le moins est un peu simpliste aussi. Déjà entendu parler de la valorisation de l’expérience professionnelle ? Perso, je trouve normal qu’un jeune journaliste gagne moins qu’un ancien :mrgreen:
    Bon, voilà mon coup de gueule, je vous laisse m’allumer tranquillement :roll:

    • Il manque dans ces statistiques les horaires des journalistes. Qui sont assez dingues et aussi – mais je m’avance peut-être – la précarité à moyen et à court terme. Il me semble que les candidats-notaires terminent pour la plupart notaires. Donc plus ou moins assurés d’un job… mais je ne voudrais pas m’avancer outre mesure.

      De toute façon, n’opposons pas les professions. Il n’est pas non plus normal que les candidats-notaires soient ainsi traités. Comme c’est aussi le cas avec les candidats-architectes. Deux professions qui rapportent sur leur long terme, ce qui semblent autoriser certains à exploiter les aspirants à ce métier.

      Pour ce qui est de la valorisation de l’expérience professionnelle, je sais très bien, c’est normal que les jeunes soient moins payés mais s’ils ne sont pas assez payés, ils n’y en aura plus bcp de compétents pour remplacer leurs expérimentés aînés.

      • les candidats notaire, qui réussissent un concours national sont sur une liste d’attente pour pouvoir reprendre une étude existante lors du départ à la retraite du notaire titulaire. Donc l’accès n’est pas garanti du tout. Quoique, maintenant ils peuvent choisir de s’associer à un notaire existant mais il faut en trouver un qui accepte :roll: .
        Mon idée n’était pas d’opposer les professions mais de donner des exemples concrets permettant de relativiser les « moins de 2k € bruts » que vous trouvez si scandaleux.
        L’exploitation de jeunes journalistes, notaires, architecte ou autre n’est jamais souhaitable mais je pense juste qu’il est abusif de parler d’exploitation avec 2k € brut par mois.

      • Sur les horaires et la précarité on est d’accord.

        C’est ce qui explique que tant de gens quittent la profession… mais sont remplacés par des « petits jeunes » qui acceptent les conditions; ce qui permet ce fameux chantage à l’emploi.

    • Un jeune journaliste salarié dans la presse quotidienne francophone gagne entre 2.188 et 2.367 euros brut pas mois. Soit moins qu’un prof de secondaire (2.560 euros brut). Les pigistes dont ont parle gagnent parfois moins de 2.000 euros brut après des années de pratique.

  7. Moui. La disparité et la non-évolution sont deux vrais gros soucis.

    Maintenant, dire que la majorité ne gagnent pas plus de 1700 € nets…. ça ne me parait pas si scandaleux, car beaucoup de jeunes salariés ne gagnent pas plus.
    Mais dans un certains médias le tarif pratiqué et le chantage à l’emploi sont effectivement choquants…

  8. Tout est résumé dans les commentaires. Chaque indépendant est déjà tout content de pouvoir écrire pour un journal qu’il accepte tout (en tout cas chaque jeune indépendant). Si quelqu’un a une idée pour faire changer les choses je suis preneur, en tout cas je serais à 100% impliqué.

  9. Oui tout est dit depuis l’article jusqu’aux commentaires ! Le reste est entre les lignes !
    Elle est loin l’époque où après quelques années de terrain à la pige, vous pouviez intégrer un service ou avoir un éventail (même modeste) de clients fidèles. Avec internet, avec les blogs, tout le monde semble pouvoir écrire et les dépêches ou les montages rapides remplacent tout… Et avec le manque de
    temps, personne ne cultive l’exigence… là est le mal, le vrai ! et là tout le monde est un peu responsable : le client, le lecteur… on y met tous notre lampée dans le bol !
    Mais aujourd’hui, les journalistes sont beaucoup critiqués, on se trompe de cible. La société pensée par les décideurs a les travailleurs qu’elle mérite, si elle les compte comme des moutons pour des statistiques politiques, elle n’aura au bout du compte qu’un troupeau. Docile mais vide or on le sait le vide ne mène à rien, une société vide s’éteint peu à peu : la France ou l’occident sont sur la pente, celle qui glisse, pas celle qui monte ! Ah oui, c’est vrai pour monter faut faire des efforts ! Les travailleurs le font mais les décideurs ont savonné la pente !!! ;-)

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