Tintin, le journalisme, la BD belge et la jalousie française

Drapeaux belge et françaisAlors que j’allais écrire un billet, une nouvelle fois, pour râler, voilà que je tombe sur un post d’Erwann Gaucher, PDG de Cross Media Consulting et journaliste (je ne sais dans lequel des deux je dois mettre en premier). Intitulé Tintin, ou le grand complot belge contre les journalistes, cette diatribe xénophobe est l’occasion pour lui d’essuyer ses pieds sur des grands noms de la bande dessinée belge. Ce faisant, il crache sur ce magnifique pan de la culture francophone, prouvant une nouvelle fois que les Français nous jalousent cet énorme manque à leur histoire artistique.

Ce malotru s’en prend bassement à notre patrimoine national, lui prêtant des intentions malhonnêtes, parlant même de complot. A la limite du point Godwin. Je le cite :

Pendant des années, nos voisins Belges ont mis en place une immense opération d’enfumage psychologique dont le but ultime et secret était de tromper totalement les futurs journalistes sur les réalités du métier qui les faisait rêver. Combien sommes-nous à avoir choisi ce métier à cause de Ric Hochet, Tintin ou Spirou ? Et pourtant, à longueur d’albums, ces héros d’apparence innoffensive nous ont inculqué une vision totalement fausse du métier de journaliste.

Avant même de parler de cette critique nauséabonde qui veut que la Belgique complote contre ce magnifique métier – que dis-je, contre cette magnifique profession de foi qu’est le journalisme – arrêtons-nous sur le sentiment qui a entraîné une pareille déjection lyrique. Je veux parler de ce profond sentiment de jalousie qu’éprouve tout Français un tant soit peu cultivé quand il regarde l’univers de la bande dessinée belge. Cette bande-dessinée qu’il rêve franco-belge. Ces auteurs qu’ils pensent français alors qu’ils sont bruxellois, flamands ou wallons. Comme Brel, Magritte, Arno, Poelvoerde, Cécile de France, Zénobe Gramme ou encore Adamo, ils sont belges les Tintin, Ric Hochet, Thorghal, Spirou & Fantasio, Largo Winch et j’en passe. Bordel ! (Ok, on vous laisse Johnny.)

Cela étant dit, revenons à cette analyse assez gauche commise par un de ces blogueurs qui a besoin des Belges pour sentir vivre, intéressant…

Contrairement à ce qu’Erwann écrit, la bande dessinée belge a toujours magnifié le métier de journaliste. En fait, il suffit de prendre son texte pour le prouver. Le fait que tant de grands auteurs de BD en parlent autant n’est-il pas une preuve d’amour ? N’ont-ils pas passé leur vie et leur carrière pour mettre en avant un métier par trop souvent décrié ? Voilà que Tintin, le reporter, est un héros mondial ! Merci Hergé ! Quel auteur français peut-il se targuer d’avoir eu un tel succès ? Aucun, me semble-t-il. Mieux encore, Franquin ne consacre-t-il pas, sous une forme humoristique et tellement savoureuse, une quinzaine d’albums à une rédaction, celle de Spirou ? Car si Gaston – que j’adore – n’en touche pas une, les autres ont servi le journalisme, tant et plus.

Quant à la critique qui concerne le manque de présence dans les rédactions de nos journalistes crayonnés, elle me fait bien rire. Et me fait penser à celles que me faisaient certains journalistes vissés à leur chaise, ceux qui pratiquent du journalisme de desk, comme me l’a un jour écrit un ponte de la RTBF. Non, nos héros de bande dessinées sont les héros d’une profession qui emmène ses représentants sur le terrain, là où se trouve l’information, les témoins… Ils ont le goût du terrain, n’ont pas peur d’affronter l’adversité pour que la vérité triomphe, quitte à mettre leur vie en péril.

Evidemment dans les albums, on ne peut retrouver tous les détails de la vie d’un journaliste comme semble le regretter ce Gaucher. Les auteurs ont surtout voulu faire rêver les gens qui lisaient leurs histoires et visiblement cela a marché. L’auteur du billet incriminé n’écrit-il pas « Combien sommes-nous à avoir choisi ce métier à cause de Ric Hochet, Tintin ou Spirou ? » Je trouve cela magnifique ! Ils ont réussi. Cher Erwann, regrettes-tu ton choix ? Aurais-tu aimé qu’on te dise que le journalisme est un métier de merde où tu dois le plus souvent te coltiner des connards et faire du journalisme en tracteur ? Non, je le crois pas. Enfin, je l’espère pas.

PS : « Non, c’est le dernier épisode d’un complot mondial contre les journaliste. » s’écrit avec un S à « journalisteS ». Gniark gniark.

PS 2 : Pour ceux qui, j’espère qu’ils sont rares, ne l’auraient pas compris, ceci est à lire au deuxième voire au troisième degré. J’aime beaucoup ce qu’écrit Erwann et je vous invite d’ailleurs tous à le suivre.

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