Quand Frédéric Taddéï n’aimait pas le débat en ligne

Logo NewsringIl y a de cela quelques jours, nouvelle (et énième) annonce de lancement d’un pure player en France, à savoir Newsring. Pour rappel, un pure player est un média en ligne qui ne s’adosse à aucun média existant, comme le sont Slate.fr, Rue89.com et bien d’autres. Comme ces sites déjà bien en place, l’annonce de la création Newsring est accompagnée de noms plus ou moins prestigieux. Ici ce n’est ni plus ni moins que le présentateur de Ce soir où jamais sur (France 3) Frédéric Taddéï qui est en tête de gondole.

Mais, contrairement aux autres pure players, Newsring se lance dans une facette peu exploitée du web. Comme l’écrit Erwann Gaucher sur son blog, « Newsring a au moins le mérite d’explorer une nouvelle voie : les débats entre communautés en ligne, orchestrés par des journalistes ».

Je trouve le projet très emballant, surtout quand je lis les explications du futur rédacteur en chef du site Philippe Couve : « Notre ambition : proposer des débats avec un accompagnement éditorial, une orchsetration réalisée par des journalistes qui seront les « fils à plomb » de ces débats, qui ne pencheront pas d’un côté ou de l’autre, qui donneront la parole à tous, donneront des éléments de contexte, solliciteront des gens qui ont des choses à dire sur les sujets choisis. »

J’ai quand même souris en lisant que Frédéric Taddéï allait être le directeur éditorial de ce projet. Pas que je conteste ses qualités d’animateur de débat, c’est juste que je me rappelle d’une lettre ouverte, publiée alors sur le site du NouvelObs (UPDATE : Article plus en ligne, donc je le remets en dessous de ce post), que je lui ai écrite en janvier 2008 suite à une émission sur la Belgique.

Nous étions toute une joyeuse bande à regarder et à live twitter l’émission – pensant enfin en voir une bonne à propos de la Belgique sur une télévision française. Quelle douche froide ! J’ai passé une partie de la nuit à écrire une lettre ouverte pour lui signifier notre étonnement. Billet que j’ai envoyé à l’émission, à France 3, au médiateur de France et à quelques médias français. Et bien, je n’ai pas eu la moindre réponse. Nada. Donc, je trouve un peu comique de le voir dans ce genre de projet,lui, qui n’avait alors pas l’air fan des débats en ligne… Mais bon, je sais que c’était il y a presque quatre ans et qu’il s’est passé tant de choses depuis. Je me permets d’en rire, tout simplement.

Et quoi qu’il en soit, longue vie à Newsring, pure player auquel je participerai sans aucun doute.

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Publié le 18 janvier 2008 :

Cher Monsieur Frédéric Taddéï,

je viens de terminer de regarder votre émission Ce soir (ou jamais) qui avait pour thème : Il était une fois la Belgique. Je ne sais quel mot utiliser pour la qualifier. “Pathétique ? Risible ? Surréaliste ? Lamentable? Révélatrice ?” Ce sont les termes utilisés par une amie lors d’une discussion sur Twitter avec un groupe de personnes qui commentait votre émission. Moi je dirais peut-être amateurisme. Un mot que je n’aurais jamais pensé associer à une chaîne de télévision comme France 3.

Michel Collon, René Swennen, Jean-Marie Dedecker, Pol Vandromme, François Pirette, Henri Lopes et Lucas Belvaux étaient vos invités de ce rendez-vous où l’actualité est vue par la culture (slogan de l’émission). Cette liste de personnalités pour parler d’un dossier aussi compliqué me laisse un peu pantois. Surtout dans le choix de l’ambassadeur du Congo BRAZZAVILLE en pensant que celui-ci était l’ambassadeur de la République démocratique du Congo. Vous ne le saviez pas… Henri Lopes s’interrogeait d’ailleurs sur le pourquoi de son invitation. C’est à se demander si vous l’avez invité par SMS avec une question du genre : “Voulez-vous venir dans notre émission ?” Et qu’il vous aurait répondu : “Oui, à quelle heure ?”

La plupart de vos invités avaient des idées bien tranchées et souvent fort partiales de la crise belge. Logique lorsqu’on on invite un autonomiste, un rattachiste ou encore un membre du l’extrême gauche… Le débat n’avait ni queue ni tête : chacun y allait de son laïus mais pas un seul spécialiste neutre n’était présent sur le plateau pour remettre l’église au milieu du village. La crise belge est très complexe. Elle nécessite les explications d’un technicien plus que celles d’un humoriste qui parle avec ses tripes. De véritables acteurs de cette crise n’auraient pas fait mauvaise figure non plus à côté de Jean-Marie Dedecker.

Ne connaissant rien au sujet, vous ne pouviez contredire aucun de vos invités. Un exemple : lorsque Jean-Marie Dedecker parle des 29.000 Français qui passent la frontière pour travailler en Flandre alors que seuls 800 Wallons le font, il oublie de vous dire que vos compatriotes ont un avantage financier important. Le salaire brut belge est élevé et moins taxé pour les Français. Cela permet à certains patrons de proposer des salaires des plus bas – que presque tout le monde refuserait en Belgique – mais qui conviennent à des Français moins taxés… Mais cela pour le savoir, il faut connaître le sujet.

La présence d’un expert vous eut peut-être aussi empêché de dires des bêtises. Il n’y a pas 8.000 germanophones en Belgique mais plus de 70.000. Les personnes parlant le français qui s’installent en périphérie bruxelloise sont des francophones et pas spécifiquement des Wallons. Ou encore : le premier extrait d’un sketch de Pirette que vous avez diffusé ne datait pas du mois de décembre dernier mais de 2005. Ce ne sont que quelques-unes des diverses erreurs que vous avez commises.

Votre méconnaissance du sujet – fort technique, je l’avoue, mais c’est vous qui l’avez choisi – vous a d’ailleurs gardé à l’écart du débat qui s’est vite transformé en pugilat télévisuel. Cette véritable cacophonie n’a pas dû être au goût des téléspectateurs français. Et encore moins des ceux qui vous regardaient depuis la Belgique. C’était une véritable mascarade donnant une image complètement hallucinante de notre pays.

Je suis peut-être un peu dur mais votre émission est le reflet de nombreux reportages sur la crise politique belge réalisés par des personnes qui ne connaissent pas du la Belgique. Et qui ne prennent pas la peine de se renseigner auprès de personnes qui ont, elles, la maîtrise du sujet.

Une dernière chose : dans le lancement de l’émission vous posiez la question du rattachement de la Wallonie à la France. Je ne me rappelle pas que vos invités en aient débattu. Ah si, vous en avez reparlez à une minute de la fin…

En conclusion, moi, jeune journaliste belge qui a encore beaucoup à apprendre, j’ai été déçu d’assister à une aussi consternante émission : elle a été mal préparée, les invités mal choisis et son déroulement mal géré. Avec pour résultat de faire passer les Belges pour des bouffons. Merci monsieur Taddéï !

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3 thoughts on “Quand Frédéric Taddéï n’aimait pas le débat en ligne

  1. à la base pure player n’était que pour les entreprises qui se lançaient dans une niche inexplorée :) cependant le terme s’est généralisé à toute activité ne s’exerçant que sur internet mais n’est pas liée qu’au média ça c’est sur.

    Les sites de vente en ligne tels que amazon, priceminister, etc… sont également des pure players :-)

    • Oui évidemment, mais là je suis dans le cas particulier des médias.

      Mais c’est clair que dans l’absolu, un pure player c’est un site web qui ne s’appuie pas sur une entreprise préexistante…

  2. Un site francophone de débats en ligne cela existe déjà depuis plusieurs mois !
    Sur NEToo Débats : http://debats.netoo.net
    On y peut précisement noter les contributions et prises de positions de tous les participants, lancer un nouveau débat soi-même et communiquer aisément avec les participants et membres du site ayant les mêmes opinions… et cela a été rendu possible sans aucun tour de table ni levée de fonds ;)

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