La face cachée du dossier Facebook du Moustique

Une du Telemoustique du 7 septembre 2011Hier matin, alors que je me rendais au boulot, j’ai été interpellé par la Une du magazine Moustique : La Face cachée de Facebook. Avec comme surtitre : 750 millions d’amis mais aussi des terroristes, des trafics, des scandales. Mazette. Déjà le titre, pas loin du niveau zéro de l’originalité. Ca fait genre le titre de 2007 : La face cachée des réseaux sociaux. (Magazine qui traîne dans les toilettes d’un pote). Mais soit. C’est surtout le traitement journalistique du sujet qui est complètement ahurissant.

Avant tout, je veux juste préciser que je ne nie pas qu’il se passe des saloperies à cause des réseaux sociaux. C’est juste que le dossier du Moustique est dans sa quasi totalité à charge de Facebook, comme s’il n’était qu’un nid de terroristes, de violeurs, de pervers, d’escrocs, de bandits… Ah oui, il y a une demi page avec Dix raisons de s’inscrire quand même. Mignon.

Sinon les mots importants sont battue, horreur, violée, suicide, fanatique, plaintes, terrorisme, harcèlement sexuel, haine raciale, brimades, détraqués, scandales, peur, danger, menacée, traquée, influencé, piratés, divulguée, usurpé, licencié… Du lourd que du lourd. A vous faire quitter Facebook de suite. On dirait presque un dossier de propagande. Limite du Maccarthysme publié dans le Figaro Magazine, écrit par Cécilia Gabizon et adapté par Maïder Dechamps pour Moustique. (J’ose croire que cette dernière n’y est pas pour grand chose dans cette Bérézina)

Car dans ce dossier, malgré la demi-page située en fin de dossier, on dirait que Facebook est le Mal incarné. Mais a-t-on la moindre idée du pourcentage de pratiques frauduleuses sur les milliards d’interactions quotidiennes ? Ne cite-t-on pas ici des cas qui ne sont pas généralisés ? Ne cite-t-on pas des cas qui arrivent dans des proportions plus élevées dans la vie de tous les jours ? La nuance est quelque chose de complètement absent : « Si tu vas sur Facebook, tu t’exposes aux damnations éternelles » peut-on lire en filigranes. Est-ce encore du journalisme ou est-ce une plaidoirie ?

J’eus été d’accord avec ces pages si le dossier avait été appelé Facebook, côté pile. Et côté face. En y ajoutant des pages avec des témoignages de gens qui ont retrouvé leur enfant grâce à Facebook, de ceux qui gèrent les événements de leur ASBL gratuitement, de ceux qui gagnent leur vie grâce au réseau social… Témoignages dont on doit pouvoir trouver des milliers d’exemples rien que à Bruxelles. Je mets au défi la rédaction du Moustique de me trouver des milliers de victimes de Facebook dans toute la Belgique

Je sais pertinemment bien – je le répète – que tout n’est pas rose sur Facebook mais dans notre société non plus. Si toute la population ne lisait que les faits divers de la DH ou de Sudpresse – niveau atteint dans ce dossier alarmiste -, je pense que beaucoup de personnes ne sortiraient plus de chez elles, voteraient pour le Front national ou iraient s’expatrier ailleurs que dans notre contrées de pédophiles récidivistes…

J’ai écrit ces lignes car Moustique est un magazine que j’aime bien. Mais là, on verse dans le tabloïd nauséabond.

Juste pour rire, je me suis amusé à faire un pastiche partiel du texte principal du dossier. Facebook étant remplacé par l’espace public… Espace public cher, à mon avis, à tout le monde mais qui n’est pas sans danger. Et qui ne se résume pas qu’à ses dangers. Si l’on raisonne comme cela a été fait dans ce dossier, il faudra rappeler à votre enfant lorsqu’il vous demandera s’il peut sortir, le pourcentage mondial de viols, de meurtres, de kidnappings, d’attentats à la pudeur, de mort par transmission de maladies sexuellement transmissibles en omettant de lui parler du cinéma, du théâtre, des voyages, des amis, du soleil couchant ou encore des glaces au chocolat…

Je sais tout cela est long. Et fatiguant. Moi aussi, cela me fatigue d’écrire ce genre d’article, comme je l’ai déjà fait en mai dernier après une conférence à Charleroi. Bonne lecture de mon pastiche si vous en avez encore le courage.

La face cachée de notre planète. 6 milliards d’habitants, des terroristes, des trafics, des scandales Ceci n’est pas un article. Ceci est un pastiche d’un pseudo-article.

Mathilde, 34 ans, a été abusée en juin 2008. Le drame s’est déroulé le 22 juin, vers 19 h. En rentrant chez elle, elle se rend compte qu’elle n’a plus ses clés. Deux hommes proposent de l’aider. Ils l’emmènent chez eux. Ils la violent à tour de rôle. Un troisième homme est arrivé. Il a payé pour coucher avec elle. Troisième viol et hélas pas le dernier. Ont encore suivi un quatrième et un cinquième salopard. (Résumé d’un article publié dans la DH le 28 juin 2008)

Soudain, tous, parents, enseignants, magistrats – et même le Moustique – découvrent avec effarement que des gens rencontrés sur la voie publique peuvent engendrer l’horreur. Il y avait bien eu quelques signes avant-coureurs. Julie et Mélissa ont disparu à Grâce-Hollogne le 24 juin 1995, elles aussi sur la voie publique. Tout comme An Marchal et Eefje Lambrecks qui ont été enlevées ensemble le 23 août 1995 dans la région d’Ostende alors qu’elles sortaient d’une soirée entre amis et rentraient en tramway.

Les faits divers survenants sur la voie publique sont chaque jour plus nombreux. Même qu’ils sont innombrables depuis la nuit des temps. Ils congestionnent les tribunaux sans pouvoir les quantifier. Souvenez-vous combien on a parlé de Michel Fourniret qui a jusqu’à présent avoué neuf meurtres commis entre 1987 et 2001, mais qui est soupçonné de plusieurs autres. Sur notre planète entière, il est impossible de chiffrer le nombre d’atrocités commises chaque seconde au cours des derniers millénaires. Pour des actes de terrorisme, des suicides en direct, du harcèlement sexuel, des appels à la haine raciale… Chaque jour, partout sur la planète, des mineurs subissent des brimades, des propositions sulfureuses. Si des détraqués sévissent sur la toile, qu’est-ce donc à côté des quantités d’ingénus qui opèrent dans l’espace public.

Malgré que la définition générale d’un espace public, dans nos sociétés, implique un état de droit qui garantisse droits et libertés des citoyens dans le domaine public, dont la liberté de circulation, sans subir la moindre violence, ce n’est, en pratique, malheureusement pas le cas. Les scandales ont beau éclater depuis toujours, rien n’y fait, la population vit toujours dans l’espace public. Et ne cesse de croître. Certains se demandent si cette population ne va pas dévorer toutes les ressources de la planète. Plus de 6 milliards de membres, tous exposés à cet espace public fait de violence. Et le nombre de membres grimpe d’heure en heure. Pas moins de onze millions de Belges se débattent dans cet espace public.

Peur du vide

En moyenne, les membres passent de nombreuses heures dans l’espace public. Mais certains y vivent littéralement. Jamais ils ne ferment la porte de leur maison ou de leur appartement. Ils restent dehors, là où ils se présentent, rassemblent leurs contacts et lisent des nouvelles avec des amis. La moitié des jeunes de 18 à 34 ans démarrent leur journée par une sortie à l’extérieur de chez eux. Beaucoup y restent comme si rentrer chez soi, c’était se couper du monde. Ils vivent dehors, sur la voie publique, en permanence. Toutes les heures, des millions de gens se parlent. Ils ne dorment jamais. Il y en a toujours de réveillés. L’espace public propose sans cesse de nouveaux amis. L’homme a horreur du vide et veut sans cesse le combler.

Né dans les villes protohistoriques et antiques, l’espace public est un rêve d’adolescent : rester connecté au groupe en permanence. Voir et être vu, avec un certain culte pour la transgression. Si les jeunes comprennent peu à peu qu’il ne fait pas faire n’importe quoi ni avec n’importe qui sur la voie publique, les malentendus persistent. La liberté est grisante. Les gens doivent comprendre qu’on ne peut pas tout faire ni tout dire sur l’espace public.

C’est que les gens n’oublient rien. Les accusations restent, disséminées par la rumeur. Petit à petit, chacun réalise que l’espace public n’est pas le jardin d’Eden, mais une chambre sans porte qu’il apprendre à ranger. « Les jeunes ont compris qu’il fallait segmenter leurs contacts. Mais ce n’est pas facile de choisir ses amis, cette mécanique fine est un art que tout le monde ne maîtrise pas. Beaucoup voudraient nettoyer leur cercle d’amis mais ils n’y arrivent pas. De plus, il est difficile de contrôler les actes de ces amis. (Découvrez comment sur www.moustique.be)

Invités ou otages ?

Pour prendre un nouveau départ dans la vie, Lucas, 22 ans, a bien pensé changer d’amis, et s’en faire de nouveaux. Alors, il a éliminé les vagues connaissances pour se limiter à une centaine d’amis. Mais voilà, être en société, vu, connu, reconnu, cela flatte l’égo, cela fait du bien. Et puis, on croise toujours une ancienne copine. Et si vraiment, on coupe tous les ponts, on se rend compte qu’on a perdu beaucoup de choses. On est otage de cet espace public qui nous avait pourtant si gentiment tendu les bras.

Pour éviter les déboires, les plus prudents, notamment les adultes et les seniors, choisissent de verrouiller leur porte, pour ne laisser apparaître que leur nom. Cette pudeur n’est pas du goût de la société. Car l’exhibitionnisme dope l’audience. On aime lire dans la presse les frasques de nos peoples, de nos voisins, de nos amis. Cette société qui depuis des décennies vit de nos habitudes consuméristes. Des sociétés, de par le monde, réalisent des milliards de dollars de chiffres d’affaires grâce à nos données…

PS : ce texte a été écrit au milieu de la nuit… mes excuses s’il reste des fautes d’orthographe. N’hésitez pas à me les signaler. 4h09 au lit.

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19 thoughts on “La face cachée du dossier Facebook du Moustique

  1. Cher Mateusz,
    Celui qui vit dans un cocon sécurisant a plus de chances de mourir très vieux qu’un aventurier.
    J’avais lu, un jour que les prêtres faisaient partie du groupe à la longévité la plus grande. Mais il s’agit probablement d’une légende urbaine car les prisonniers de luxe, sélectionnés par le TPI doivent bénéficier d’une vie encore plus régulière.
    Je n’aimerais pas être prêtre, ni génocidaire condamné à perpétuité, même si la vie, à défaut d’être plus longue, paraîtrait plus longue…
    Selon sa sensibilité (son calcul de probabilités, en fait), on choisira les infos qu’on donnera à Facebook ou à son contrôleur des contributions…
    Mais le risque idiot (ne pas fermer sa porte à clef, par exemple) est toujours à proscrire. Comme disait Talleyrand, tout ce qui est excessif est insignifiant.
    Amitiés

  2. Et bien, je ne sais pas ou il a eu son diplôme de journalisme (si il en a un) mais son article, c’est vraiment n’importe quoi.
    Ce « journaliste » devrait aller voir un psy car il a un sérieux problème de paranoïa.
    On dirait un message de propagande pour un groupuscule d’extrême droite.
    Je suis d’accord sur le fait que sur facebook il y a des cas de dérive… mais pas plus qu’ailleurs.
    Comme tu le dis si bien Mateusz, on les retrouve aussi dans les espaces publics… moi je rajouterais qu’on les retrouve aussi dans les écoles.
    Racisme, brimade, harcèlement, raquette… tout les maux de notre société se retrouve la ou la société se retrouve.
    Au lieu de faire un scandale (…de faire une propagande nauséabonde), l’auteur de l’article aurait plutôt du comme tu le suggère aider les lecteurs à mieux se protéger, l’aider à maîtriser les paramètres de confidentialité…
    Alors, un conseil, si vous avez un compte sur facebook, faites comme dans IRL, sortez couvert.

  3. C’est dingue, je n’ai pas acheté le magazine mais j’ai eu exactement le même réflexe avec le titre en couverture, j’ai remplacé Facebook par « la réalité »

  4. J’ai lu récemment que la nouvelle formule du Moustique ne porte pas ses fruits et qu’au contraire, les ventes continuent de reculer. Ceci expliquant peut-être cela (couvertures racoleuses). Cela dit, les sujets de ce tonneau-là, c’est un marronnier de la presse lorsqu’elle parle de new tech. Tu peux remplacer « Facebook » par « e-commerce », « sites de rencontres », « blogs », whatever…

    • Oui je sais bien. Pourtant il y a sur le marché des gens tout à fait capables d’écrire des papiers beaucoup plus nuancés. Car loin de moi l’idée de vouloir mettre Facebook sur un piédestal mais il faut arrêter ce genre de brûlot…

  5. Il faut faire vendre …

    La tendance n’est pas nouvelle. Les articles qui proposent un titre sensationnel et un contenu vide, y’en a hélas des dizaines mis en ligne tous les jours. DHnet en tête et les autres suivent le mouvement.

  6. C’est malheureusement une situation de plus en plus fréquente. Les journaleux nous les brisent pendant 2 jours avec l’ouragan Irène à New York… en France. Et je ne parle pas des dépêches « DSK fait caca » :???:

    La question qui se pose est de savoir si la majorité des gens écoutent ces bêtises ou pas. La multiplication des supports, internet en tête, ne contribue pas non plus à un journalisme de qualité. L’info accessible tout le temps et gratuitement, c’est bien mais ça a forcément des conséquences…

    • Oui, c’est de l’info qui rapporte des clics mais pour laquelle personne ne voudra jamais payer…

      Mais dire qu’Internet ne contribue pas à un journalisme de qualité est une erreur selon moi. Dans un précédent coup de gueule, Internet n’est ni un violeur ni un terroriste j’expliquais déjà qu’Internet ne force personne à rien faire. C’est un outil que les médias utilisent pour aller plus vite. Mais personne ne leur dit qu’ils doivent faire de la merde ou qu’ils ne doivent pas vérifier leurs sources.

      Internet permet aussi de trouver des gens spécialisés un peu partout dans le monde. Ce n’est pas facile, mais c’est possible.

  7. Cher Mateusz,
    Des condamnations à perpétuité, pratiquement tous les tribunaux internationaux en ont ordonné.
    Parmi les plus célèbres, je te citerai ceux dont ont bénéficié quelques complices d’un célèbre moustachu après la WWII, des militaires ayant ordonné le massacre de Srebrenica et, Joseph Mpambara (voir la « Radio Nederland Wereldomroep » pour sa participation aux tueries du Rwanda.
    Le confort de leurs hôtels (je ne peux que comparer avec la cellule de Dutroux dont les photos ont a été étalées dans tes journaux préférés) est sans commune mesure avec ce que leurs victimes ont enduré.
    Par contre, à partir de combien de morts peut-on être considéré comme génocidaire, je ne sais pas!
    Amitiés

      • Cher Mateusz,
        Il s’agit d’un « paradoxe sorite ».
        Tu auras toutes les explications (avec les implications d’Euclide, Platon, Aristote, Russel, Hegel… et même la logique floue!) dans Wikipedia.
        Pour résumer, chacun sait intuitivement que deux grains ne forment pas un tas et que 10.000 en forment un. Le point de transition, par contre… (HAHAHA)
        L’idée est qu’il n’existe pas de définition quantitative précise du tas.
        Voilà: Même un vieux con (à l’Alzheimer avancé) peut t’apprendre quelque chose!
        Amitiés

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