Et si Google faisait sans Copiepresse

Le bras de fer continue entre Google et Copiepresse, la société de gestion des droits des éditeurs de presse quotidienne francophone et germanophone belge ; la SAJ, la Société de droit d’auteur des journalistes ; et Assucopie, société belge de gestion collective des droits de reprographie des auteurs scolaires, scientifiques et universitaire. La cour d’appel de Bruxelles a une nouvelle fois donné raison aux trois associations dans le litige qui les oppose à la société américaine concernant le paiement de droits d’auteurs« David a une nouvelle fois terrassé Goliath ! En l’occurrence, les « p’tits Belges » de Copiepresse ont pris le dessus sur le géant américain de Google » écrivait samedi Pierre-François Lovens, rédacteur en chef adjoint à La Libre. Et si tout le monde se trompait ? Et si Le Soir, La Libre, la Dernière Heure/Les Sports, Sud Presse ou encore Vers L’Avenir se prenaient un gros coup de barre, si d’aventure Google décidait de se passer d’eux.

Voilà où on en est au jour d’aujourd’hui, comme on pouvait le lire sur le site du Soir vendredi :

La cour d’appel de Bruxelles a réaffirmé, jeudi dernier, que Google ne pouvait plus publier d’images ou d’articles de journaux, sur son site. Ceci confirme une décision de 2007. La cour avait également imposé une astreinte de 25.000 euros par jour de retard. (L’arrêt de la cour d’appel en PDF, via Copiepresse)

Google avait été condamné à deux reprises, en septembre 2006 et en février 2007, à mettre fin à l’utilisation de ces articles, ce qui a été fait. Copiepresse avait ensuite entamé des négociations avec le géant de l’internet pour trouver un terrain d’entente sur une éventuelle collaboration plus équilibrée mais celles-ci ont échoué après six mois. Google avait finalement décidé d’interjeter appel. Mais la cour d’appel de Bruxelles a confirmé la décision de 2007.

Les trois associations se sont évidemment félicitées de leur victoire. Copiepresse, sur sa homepage, « se réjouit de cette décision et espère que Google aura l’intelligence de rechercher une solution équitable pour mettre fin à cette situation ». La SAJ et Assucopie, via un communiqué du cabinet de leur avocate Catherine Doutrelepont, parlent de « Victoire intégrale » et de « Première mondiale ».

Par ailleurs, l’association des journaux francophones et germanophones espère que Google « prendra conscience de la portée réelle de cet arrêt ».

Mais voilà, Google n’est pas d’accord. « Nous sommes d’avis que le renvoi à des informations, avec des titres courts et des liens directs vers la source, est non seulement légal, mais encourage également les utilisateurs d’Internet à lire les journaux en ligne », a déclaré la porte-parole Anoek Eckhardt. Et d’ajouter , qu’ils étaient prêts « à collaborer avec les éditeurs afin de leur permettre de tirer des revenus de la diffusion en ligne de leurs informations ». Pas du tout le message attendu par les vainqueurs du jour.

C’est que Google ne va pas commencer à payer en Belgique et ainsi donner l’exemple à tous les autres pays du monde. De plus, et c’est une chose importante : Google n’a pas besoin de Copiepresse. Si tous ses titres disparaissent du moteur de recherche, le Belge francophone sera-t-il lésé ? Non. Il lui restera, dans le search, les infos de la RTBF, de RTL, de 7sur7.be, du Vif, de Trends… qui tous se fournissent en bonne partie chez les agences de presse Belga et AFP. Comme les sociétaires de Copiepresse. De plus, il lui sera toujours loisible de trouver des liens dans son Facebook.

Dans l’absolu, je ne pense pas que Google veuille en arriver là. Mais si tel devait être le cas, cela ferait très mal aux sites. Imaginez : plus aucune visite depuis le search. Je m demande quel pourcentage de visites cela ferait en moins. Les autres y gagneraient beaucoup, je pense. Si cela devait arriver – je dis bien si -, je me demande qui sera encore là pour fêter la « victoire intégrale ». Qui pourrait devenir une défaite intégrale. Mais bon, tout cela n’est que mon avis.

Et Facebook alors ?

Une chose m’étonne. Personne ne demande de droits d’auteur à Facebook. Tous ces gens qui partagent des informations qui ne leur appartiennent pas, avec des photos en vignette, des titres courts et des liens vers direct vers la source. Un peu comme le fait Google, non ? Facebook héberge tout cela sans payer le moindre droit d’auteur. Sans être inquiété. Alors que cela rapporte pas mal d’argent à la société de Mark Zuckerberg.

Donc si Copiepresse, la SAJ et Assucopie sont cohérents, ils devraient porter plainte contre Facebook pour réclamer le paiement de droits d’auteur. Pour moi la situation est clairement la même. Sauf qu’ici ce n’est pas Facebook qui fait l’action d’agréger l’information mais bien ses utilisateurs. Mais, au final, on en arrive à avoir un news feed fort proche de la homepage de Google news tellement incriminée : de nombreux articles avec un titre, une photo et quelques lignes qui sont souvent le chapeau de l’article. Chapeau parfois suffisant pour ne pas devoir lire l’article sur le site originel. Comme pour Google News en fait.

Mais Facebook amène du trafic sur les sites d’infos. Tous les médias veulent y être, c’est the place to be. Bizarrement, on semble occulter le fait que Google news amène aussi du trafic. La poursuite de la procédure contre Google me semble être anachronique mais il semble que la machine soit lancée et que personne ne veuille l’arrêter. Attention au crash.

UPDATE : Le 7 juin, à 20 h, je vais avoir l’honneur d’animer la première édition des Rencontres numériques à la Librairie Filigranes. Chaque mois, j’aurai l’occasion de débattre avec l’auteur d’un livre touchant de près au monde numérique. Ce mardi, je reçois, pour la première, Alain Strowel, spécialiste des droits intellectuels et de l’Internet et auteur de « Quand Google défie le droit ».

Google : La Belgique n’est plus d’actu (Ecrans)

UPDATE 2 : ce qui devait arriver arriva : Les sites de la presse écrite ne sont plus référencés dans Google (via RTL.be).

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21 thoughts on “Et si Google faisait sans Copiepresse

  1. Copiepresse !? Ils ne pouvaient pas trouver meilleur nom pour exprimer le peu de valeur ajoutée qu’ils donnent dans leur version en ligne. Google ne va pas risquer son business model pour un petit marché de 4.000.000 d’habitants

      • personnellement je suis du coté de google sur ce coup la , copypresse a un comportement extremement capricieux et mort la main qui le nourris ,
        non seulement google news leur apportent des visites qu’ils monétisent avec de la publicité , mais en plus google news la fait gratuitement !

        Copypresse servira d’exemple aux autres journaux du monde entier pour bien leur faire comprendre , que il faut pas emmerder google , si non tu perd 50% de tes visites .

        Si la justice belge continue ses idioties , google.be pourrait etre fermé en un clin d’oeil, ça ne poserais pas de problème a google , la belgique est un petit pays avec pas beaucoup d’habitant , et de toute façon ils basculeraient sur google.fr.
        déjà que la belgique est en retard sur internet , c’est en pénalisant les site qui tirent les choses vers l’avant que elle va rattraper son retard !

  2. Oui mais non ! Dans toutes les réactions, je lis ce même avis pour moi imbécile : l’appui sur Google. Or si La Libre Le Soir et consorts sont des medias de longue date, Google n’est qu’un petit nouveau qui disparaitra un jour ou l’autre, comme tout service internet. Les analystes sont sur une pensée du temps court !
    :-)

  3. En reprennant ce que je répondais sur Facebook : que l’action de Copiepresse vise la partie « search » de Google ou simplement son service « news » c’est de toutes façons un mauvais mouvement de la part de la presse : c’est se priver d’une source de trafic.

    De quoi vit un site web sinon de son trafic ? Chacun de ces sites vit en partie de la publicité générée par l’affichage et le click sur les publicités affichées. Retirer une source de trafic potentielle c’est se priver d’une rentrée potentielle sous prétexte que les gens pourraient ne pas venir sur le site au final et se contenter de google news. Mais comment fonctionne Google News a part en donnant le titre et l’intro et donc en forçant l’utilisateur à aller sur le site pour y lire toute l’info.

    Sans oublier le fait que ces sites médias dépensent des fortunes pour optimiser leur contenu pour les moteurs de recherche, c’est aller à l’encontre de ce qu’ils font eux-même.

    Et ça oublie une autre chose : l’ « awareness » ou la visibilité sur le nom du média que donne google, et qui fait que la prochaine fois les gens iront peut-être directement dessus, comme par exemple ces quotidiens suisses qui raflent des part de marchés aux quotidiens français et belges francophone par leur présence on-line. Tout ceci sans même parler des pure players on-line, non c’est définitivement un mouvement d’arrière garde d’une industrie qui peine à s’adapter à la une nouvelle façon de distribuer son media.

  4. Bémol quand même : Google se metrait en bien mauvaise posture si il supprimait les sites de presse des résultats search sur base de cette histoire.

    Si je ne me trompe pas, c’est Google News qui est en cause. Toucher au search (et affirmer ainsi qu’on pénalise des « mauvais partenaires ») ce serait un aveux de manipulation des résultats pour raisons économique que Google ne peut probablement pas se permettre.

    Mais rien que de virer copiepresse de Google News, ca ferait une expérience amusante.

    Perso, je pousserai le vice plus loin et reprendrait juste le titre de l’article avec un petit texte en rouge disant : « Le contenu de cet article à été retiré à la demande des ayants-droits » :mrgreen:

  5. Cher Mateusz,
    Pour avoir une petite part du gâteau publicitaire, certains essaient de réduire la part des autres.
    La richesse (ou la pauvreté) intellectuelle ne s’additionnent pas arithmétiquement.
    Cela me fait penser aux redistributeurs jaloux qui croient qu’une grosse voiture, une jolie femme, une belle habitation, un gros salaire sont des insultes à ceux qui n’ont pas ce bonheur.
    Bill Gates a donné (il n’était pas obligé) un milliard de dollars à sa fondation. Il est des gens qui estiment que ce n’est pas assez, même s’ils n’ont rien donné eux-mêmes et ignorent le pourcentage de fortune offert par le mécène.
    Amitiés
    P.S. Une Maman qui donne le jour à un second enfant, doit-elle réduire la part d’amour qu’elle donnait au premier?

  6. La presse belge francophone, qui n’a pas encore su définir avec précision son business model sur le web, craint par dessus tout de voir les revenus de la pub lui échapper.
    A moyen terme, je pense que c’est un mauvais calcul: le lectorat potentiel sur le web est bien plus large que la base historique du format papier.
    A l’heure ou les entreprises se battent pour avoir le meilleur ranking possible sur ce moteur de recherche, se priver de l’indexation du contenu par Google pourrait bien être une grave erreur…

  7. Faux débat. Si mes souvenirs sont bons, cette affaire ne concerne que le service Google News. Les articles du Soir et de La Libre restent bien visibles sur Google général. Google News, en matière de génération de trafic pour le site du Soir et La Libre, c’est peanuts. Sur ce coup-là, les gesticulations de Copiepresse me semblent bien hypocrites.

    • Les conclusions de l’arrêt de la cour d’appel : Condamne Google à retirer des sites Google.be et Google.com, plus particulièrement des liens en cache visibles sur Google Web et sur Google News, tous les articles, photographies, représentations graphiques….

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